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KATE BUSH - The Sensual World

, 22:31 - Lien permanent

Quand il s'agit de décider quel disque de Kate Bush a été le plus accompli, lequel est sa grande œuvre, The Sensual World se fait souvent coiffer au poteau par Hounds of Love, le très ambitieux album d'avant. En comparaison, celui-ci paraît plus apaisé, plus pop, presque plus anodin. Même s'il a bénéficié d'un succès critique et public appréciable, il est dans l'ombre de son très prisé prédécesseur.

KATE BUSH - The Sensual World

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N'empêche, s'y retrouvent tous les ingrédients qui ont fait de Kate Bush cette chanteuse capable de synthétiser nombre de traits contradictoires, cette artiste unique, pleinement intégrée à la vieille aristocratie rock issue des années 60 et 70, mais associée dans le temps à l'ère new wave et prisée par ses plus éminents représentants, John Lydon en tête ; cette femme mature, adulte, mais à fleur de peau, aux limites même, parfois, de l'hystérie ; cette personne portée sur les expérimentations de studio et sur les références savantes et littéraires, mais très populaire, jusque chez les ménagères, en France tout du moins, et dans sa Grande-Bretagne d'origine ; cette héritière tardive du rock progressif avec ses compositions audacieuses et surchargées, avec cette surproduction, avec ses moments de pompe et de mélodrame, avec ses instruments bavards, mais capable de rendre fluide ces chansons exubérantes, de les faire couler de source.

Avec son brillant début, The Kick Inside (1978), et avec Hounds of Love (1985), The Sensual World est l'un des disques où Kate Bush a le mieux réalisé cette synthèse. Comme par le passé, elle se distinguait par sa capacité à traiter de thèmes inhabituels dans le rock. Sur "The Fog", elle décrivait les premières brasses d'un enfant. Sur "Heads We're Dancing", elle se mettait en scène en train de danser avec un homme charmant qui, in fine, se révèlait être Adolf Hitler… Et le prémonitoire "Deeper Understanding", décrit quelques années avant l'ère d'Internet un individu reclus chez lui, et ne communiquant plus qu'avec son ordinateur. Et bien sûr, il y avait toujours ces références littéraires, comme avec ce "The Sensual World", où elle a réécrivait un extrait du Ulysse de James Joyce.

A cela, s'ajoutait un ton plus apaisé que sur l'album précédent, plus… sensuel, justement. Et, dans l'esprit d'une époque où l'on voyait Paul Simon, Peter Gabriel, voire les Pogues, user de musique world et de folk traditionnel, Kate Bush avait convié le Breton Alan Stivell à quelques tours de chant et de harpe, des instruments du folklore irlandais accompagnaient "The Sensual World", et le Trio Bulgarka contribuait à trois titres, dont un "Rocket's Tail" d'anthologie où les chœurs des Bulgares se mariaient à un solo de guitare hargneux, pour un exercice d'équilibrisme qui, chez tout autre que Bush, aurait été douteux, mais qui fonctionnait ici à plein régime, qui parachevait ce The Sensual World, dernier des très grands disques proposés à ce jour par la fantasque chanteuse anglaise.

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