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GHOSTFACE KILLAH - Ironman

, 15:44 - Lien permanent

Bien sûr, en 1996, ce disque a été le même carton que pour toutes les autres sorties du Wu-Tang, en ce temps où le Clan dominait le monde. En quelques semaines seulement, Ironman est devenu disque d’or. Et pourtant, le premier album de Ghostface Killah semble un peu isolé, apparu comme il l’a été, sur le tard, un an après la première salve de solos sortis par le collectif, alors que l’attente du second album commun, Wu-Tang Forever, commençait à monter. De fait, pour Ghostface, la consécration ne viendrait que plus tard, à partir de Supreme Clientele, en 2000, quand il deviendrait le dernier des Mohicans, quand il apparaîtrait, aux yeux de la critique, comme le seul à résister au déclin du groupe.

GHOSTFACE KILLAH - Ironman

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Aussi, à première vue, Ironman apparaissait moins original que ses prédécesseurs. Plutôt que de réinventer une fois encore le son du Wu-Tang Clan, plutôt que d’en livrer une nouvelle face et d’être un nouveau concept-album, ce disque semblait un matériau composite. Parce que Ghostface avait été invité par Raekwon sur l’essentiel de son premier album, et qu’il lui rendait la pareille sur son propre disque, au côté de Cappadonna, Ironman ressemblait à un petit frère de Only Built 4 Cuban Linx, surtout quand le RZA, toujours à la production, y recyclait les petits sons "siciliens" qui avaient distingué ce classique ("Wildflowers", "Box in Hand").

A un autre moment, Ghostface semblait marcher aussi sur les pas de Method Man, le temps d’un duo avec Mary J. Blige, un "All that I Got Is You" larmoyant qui évoquait "All I Need". Et bien sûr, comme toujours avec le Clan, l’album était riche de ces histoires de rue cruelles, de ces dialogues extraits de films de série B, de ces titres gothiques et noirs entonnés à plusieurs, de ces posse cuts ravageurs.

La seule particularité de Ironman, en fait, c’était une coloration soul plus marquée que sur les albums précédents, un ton plus lumineux, que l’on retrouvera plus tard sur d'autres sorties du Wu-Tang, Wu-Tang Forever en tête. Ici, Al Green et les Jackson 5 sont samplés plusieurs fois, et les Delfonics assurent les chœurs sur "After the Smoke Is Clear". Comme pour accompagner ce versant plus mélodique et enjôleur, Ghostface Killah savait parfois se montrer moins guerrier et plus sensible que ses comparses. Sur "All that I Got Is You", Il confessait son affection pour sa maman, tandis qu’il fondait d’amour pour le beau sexe sur "Camay".

Soul, introspection, sans oublier ce style de rap cryptique et abstrait, façon monologue intérieur : toutes les particularités de Ghostface étaient présentes sur Ironman, mais de manière encore embryonnaire. Le style du rappeur n’arrivera à maturité que quatre ans plus tard, avec Supreme Clientele, son disque manifeste.

Cependant, bien qu’hétérogène, bien que Ghostface s'y cherchait encore, cet album était déjà excellent. Servi comme ses prédécesseurs par une production irréprochable, les tours de force s'y succédaient. D’entrée, avec son piano inquiétant, ses gimmicks de cuivre, ses sirènes, ses décélérations soudaines et les raps impeccables des trois MCs, "Iron Maiden" nous proposait le meilleur Wu.

D’autres prouesses suivaient celles-ci, comme ce virulent "Wildflower" où le rappeur se fâchait tout rouge après avoir été cocufié ; cet "Assassination Day" bancal et menaçant ; le piano branlant de "Box in Hand" ; les cuivres tonitruants de "Fish" ; la rythmique implacable de "After The Smoke Is Clear", parfait contrepoint aux chants harmonieux des Delfonics ; cet "All that I Got Is You" débordant de sentimalisme ; la fin instrumentale toute en étrangetés de "Marvel".

Et qu’importe si des samples peu inspirés ("Black Jesus") et quelques beats linéaires ("The Faster Blade", ce "Daytona 500" au rythme soutenu pourtant prisé de certains fans) s’inséraient ici ou là, sur ce disque trop long. Ils n’empêchaient nullement cet album de trouver sa pleine place dans l’impressionnante collection de classiques sortis par le Wu-Tang dans les premières années de son existence.

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