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GENE CLARK - Echoes

, 18:22 - Lien permanent

Avec la vague de rééditions facilitée par l'ère du CD, bien des albums ont subi des transformations. De nombreux vieux disques, célèbres ou oubliés, sont revenus dans les rayons, mais pas toujours dans leurs versions originales. Souvent, ils ont été remixés, ou enrichis de bonus tracks plus ou moins captivants, versions alternatives des originaux, faces B de singles ou démos brinquebalantes.

GENE CLARK - Echoes

Columbia :: 1967 :: acheter ce disque

Premier disque sorti après que Gene Clark ait quitté les Byrds (la garçon, qui avait peur de l'avion, ne pouvait plus tourner avec ses compères), Echoes est un cas d'école, en la matière. Ses métamorphoses ont d'ailleurs commencé très tôt. A l'origine, d'ailleurs, il ne s'appelait même pas ainsi. Avant de sortir sur le marché anglais, Echoes s'intitulait Gene Clark with the Gosdin Brothers, du nom des deux frères, Rex et Vern, qui accompagnaient alors le chanteur à la guitare.

Pour complexifier le tout, une première réédition était apparue dès les années 70, intitulée Early LA Sessions, omettant le titre "Elevator Operator", et comprenant des versions réenregistrée des autres. La version dont il est question ici, correspond donc à un premier CD, sorti en 1991, à nouveau remixé, où les morceaux étaient présentés dans le désordre, avec plusieurs bonus et des titres que Clark avait déjà signés pour les Byrds (notamment " I Knew I'd Want You", "Here without You", "Set You Free This Time", "If you're Gone"). Enfin, cerise sur le gâteau, deux nouvelles moutures ont vu le jour dans les années 2000, à quelques mois d'intervalles, l'une, en Europe, proche du CD des années 90, et une autre, qui restaurait les titres dans leur ordre et leur mix d'origine, offrait de nouveaux bonus, et s'appelait de nouveau Gene Clark with the Gosdin Brothers.

Après tant de changements, on pourrait croire que Echoes est davantage un document qu'un vrai disque. D'autant plus que Clark mange ici à tous les râteliers, qu'il puise dans tous les genres en vigueur en cette année 1967. Se retrouve sur ce premier album le folk-rock enlevé des Byrds, auquel le singer-songwriter empruntait d'ailleurs la section rythmique, Chris Hillman et Michael Clarke. Mais il y avait aussi de la pop orchestrée (le charmant "So You Say You Lost Your Baby"), et des audaces inspirées des Beatles, tentées par un Gene Clark sous l'emprise du Revolver dégainé récemment par les Fab Four. Le chanteur s'employait même à les copier ouvertement sur un "Elevator Operator" qui devait autant à "Taxman" qu'à "Paperback Writer". Enfin, se devinaient déjà un country-rock dont Clark allait être l'un des pères fondateurs ("Tried so Hard", "Keep On Pushin'").

En toute logique, on pourrait donc s'attendre que cet Echoes disparate et tout mélangé ressemble à un matériau composite. Mais c'est exactement le contraire. Cet album est impeccable, il coule de source, il se tient d'un bout à l'autre, servi autant par les increvables titres des Byrds que par les autres chansons de Gene Clark, notamment un "So You Say You Lost Your Baby" aussi poignant dans sa version habillée qu'interprété seul à la guitare acoustique , un "The Same One" aux belles harmonies vocales, le somptueux "Echoes", ou le délicat et très prisé "Tried so Hard", l'un des titres repris par Yo La Tengo en 1990 sur leur fameux Fakebook. Et pour parfaire le tout, les bonus ajoutés avec le temps sont du même niveau, par exemple ce "The French Girl" emprunté au duo Ian & Sylvia.

Bien accueilli par la critique, mais passé à côté du succès commercial (sorti en même temps, le Younger Than Yesterday de son ancien groupe l'avait bien sûr éclipsé), Gene Clark with the Gosdin Brothers, ou Echoes, préfigurait les autres chefs-d'œuvre, tous insuffisamment reconnus, qui jalonneront la carrière de Clark, ces indispensables Fantastic Expedition, White Light et No Other. Digne d'un album des Byrds, peut-être même leur meilleur, il prouvait l'éclatant talent d'Harold Eugene Clark. A ceux qui voulaient le voir, il montrait dès le début de sa carrière solo que le plus grand des Oyseaux, c'était celui qui ne voulait pas voler.

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