CURSE OV DIALECT - Crisis Tales
Par codotusylv le mardi 2 février 2010, 22:54 - Hip-Hop - Lien permanent
La première impression, c’est que Crisis Tales est le même album que Wooden Tongues, mais en moins bien. Mais à mesure des écoutes, il faut réviser et ajuster son jugement : oui, Crisis Tales est bel et bien une nouvelle mouture de Wooden Tongues. Mais la comparaison est loin, bien loin, d'être à son désavantage !

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Est-il vraiment la peine d’écrire un article sur cet album ? Finalement, ne vaudrait-il pas mieux copier-coller celle déjà rédigée plus de trois ans plus tôt à propos de Wooden Tongues, le disque d’avant ? Car ce nouvel opus des Australiens fous semble le même que le précédent.
On y retrouve exactement les mêmes ingrédients : un rap fou fou fou, capable de faire feu de tout bois, même de cris de singes ("Identity") ou de chœurs d’enfants à la limite du faux ("35 Percent") ; une musique chaotique toute en ruptures et en surprises, comme les deux raps simultanés et en stéréo de "Draindrop" ; des cuts et du turntablism à l’avenant ; des samples qui puisent dans toutes les world musics possibles et imaginables, avec une prédilection pour l’Orient, le très proche ou l'extrême ; de la politique qui ne mâche pas ses mots, avec des prises de position pertinentes sur le multicultarisme et, tiens, parlons-on, l’identité, nationale ou autre.
Comme sur Wooden Tongues, le MC Vulk Makedonski dit aux Grecs d’aller se faire voir, rappelant fort justement que la Grèce moderne est une construction récente, un mythe national, au même titre, finalement, que sa FYROM d’origine ("Aegean Ghosts"). Comme sur l’album précédent, un Japonais est invité (MC Kaigen sur "Draindrop").
Et si ce n’était qu’un Japonais… Pour en rajouter une couche, pour insister encore sur leur caractère globalisé et sans frontière, le quintet de Melbourne a également invité une palanquée de MCs à rapper en bulgare, allemand, polonais, indonésien, français et, bien sûr, anglais et macédonien, sur ce très long et excellent titre qu’est "Colossus". Sans oublier une pincée d’espagnol à un autre moment ("Missionaries").
Et vous savez quoi ? Ca marche. C’est un grand n’importe quoi, le beat change dès que prend place un nouveau rappeur, mais à chaque fois, il fait mouche. Et l’on peut étendre le jugement à l’ensemble de l’album. Ca tient à la route, c’est mieux à chaque écoute, même si l’absence d’un hit à la "Broken Feathers" ne plaide pas tout de suite en sa faveur.
Curse ov Dialect, c’est toujours ce que le rap conscient n’aurait jamais dû cesser d’être, un rap conscient qui ne serait jamais passé par la case nu soul et par la fausse sagesse de l’âge adulte, un hip-hop créatif qui saurait qu’il n’est plus nécessaire de faire du boom bap dix ans après la fin des 90’s. Un rap avec de la politique, de la polémique, de la rage, une musique qui te prend à la gorge, des audaces stylistiques et du sampladélisme qui élargissent les horizons, une musique festive mais engagée, qui party for your right to fight, comme au bon vieux temps de Public Enemy, un modèle avoué pour nos Australiens, et un groupe auquel, Crisis Tales en est la nouvelle démonstration, ils sont parfaitement dignes d’être comparés.