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A TRIBE CALLED QUEST - The Low End Theory

, 11:24 - Lien permanent

Bien sûr, il y avait quelques constantes, sur le deuxième album de Tribe : la voix à la fois aigre et chaude de Q-Tip, si caractéristique et si emblématique ; des exercices ludiques, comme ce "Skypager" dédié au gadget du même nom ; un hip-hop à tendance afro-centriste qui, dans l'esprit des Native Tongues, était autre chose que hardcore, autre chose que gangsta. Alternatif, disait-on. Mais à part ça, The Low End Theory était presque le contraire exact de l'album précédent, le premier sorti par Tribe, People's Instinctives Travels & the Paths of Rythm.

A TRIBE CALLED QUEST - The Low End Theory

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Là où le premier avait émoustillé des gens étrangers au rap (ah, ce sample de Lou Reed…), le second fondait le boom bap, il était fait d'un jazz rap parfaitement homogène. Tandis que People's…, malgré quelques titres d'anthologie, se montrait inégal, Theory… était bâti d'un bloc. L'un était joyeux et festif, l'autre propre et austère. Alors que le premier partait dans tous les sens, le second ne puisait qu'à une seule source : le jazz, le jazz, rien que le jazz, par samples interposés, ou bien par la présence du contrebassiste Ron Carter sur "Verses from the Abstract".

Deux styles s'opposaient ici, celui, audacieux, de Q-Tip, et celui, plus terre-à-terre, de Phife Dawg. Mais dans un cas comme dans l'autre, c'était du rap dans sa plus simple expression. Et pour accompagner les deux MCs, des sons on ne peut plus sobres étaient choisis. Les boucles étaient ramenées à l'essentiel, et le rythme prévalait sur la mélodie. La basse et la batterie étaient reines, et les quelques ajouts ne piochaient que dans le registre du jazz (trompette, orgue, etc.).

Cette formule était capable de grandes choses, comme le prouvait un début parfait, avec les titres d'anthologie qu'étaient "Excursions" et "Buggin' Out", et plus tard le chaleureux "Vibes and Stuff", la trompette enjouée en ouverture de "Check the Rhime" et ce dévastateur "Scenario" interprété avec les Leaders of the New School. Quant aux paroles, elles étaient malines, et dévoilaient un rap, avant même que le terme ne soit consacré, socialement conscient, qui critiquait l'industrie du disque ("Rap Promoter", et "Show Business", avec Brand Nubian) et qui prenait la défense des femmes ("Buttet", "The Infamous Date Rape").

Plus tard, pour ces mêmes raisons, omniprésence du jazz, textes adultes, austérité des compositions, The Low End Theory sera une référence pour les gardiens du temple imbus de hip-hop mature et intelligent, cette élite adepte d'un boom bap triste et fossilisé, et avide de démontrer que le rap pouvait être un art valide. Mais l'album, lui, n'est pour rien dans cette dérive conservatrice. Même s'il est légitime de lui préférer Midnight Marauders, un troisième disque qui conjugue les points forts des deux précédents, même si quelquefois, sa sobriété confine à l'ennui, The Low End Theory reste cet intouchable manifeste d'un jazz rap total et accompli.

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