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THE MAKE-UP - In Mass Mind

, 22:21 - Lien permanent

Le rock, c'est bien connu, est une musique que les Blancs ont outregeusement piquée aux Noirs. Ces pilleurs se sont appropriés le rhythm'n'blues des Afro-Américains et l’ont accoutumé aux oreilles de leurs pairs, en changeant la formule en cours de route, histoire d'en faire un produit de masse. Mais avec Make-Up, comme avec d’autres rockeurs à la même époque, Jon Spencer par exemple, c’est le chemin inverse, celui du retour aux sources, qu'on a fini par emprunter.

THE MAKE-UP - In Mass Mind

Dischord :: 1998 :: acheter ce disque

Le groupe, qui n’aura vécu que cinq années intenses, provient de la musique la plus blanche qui soit, le punk hardcore américain. Ses membres provenaient d’ailleurs de deux centres névralgiques de l’indie rock US : si la bassiste Michelle Mae était originaire d’Olympia, Steve Gamboa, James Canty et Ian Svenonius, issus de Nation of Ulysses, venaient de Washington DC, à l’autre extrémité du pays. Rien d’étonnant, donc, à ce que les disques de Make-Up soient sortis alternativement sur les labels phares de ces deux villes, K et Dischord Records.

Rien à voir avec la great black music, donc. Et pourtant, que de traces noires sur leurs disques, notamment In Mass Mind, leur deuxième album studio, produit par Neil Hagerty et Jennifer Herrema de Royal Trux sous le nom d’Adam & Eve, comme pour marquer, avec les accents rétro du disque (cet orgue vintage sur "Joy of Sound", "Watch It with that Thing" et "Caught up in the Rapture", les yeah yeah de "Drop the Needle"), une volonté de remonter aux origines du rock'n'roll.

La voix d'Ian Svenonius est celle d’un Blanc, mais notre ami s’époumone, il chante avec une voix de fausset éraillée à la Prince et crie ses onomatopées comme un nouveau James Brown. La frénésie du punk n’est jamais loin, mais chaque titre groove comme le funk le plus torride, la basse de Michelle Mae virevolte et mène la danse ("Come Up to the Microphone", "Saturday Night"), la batterie de Steve Gamboa se lance dans de savants breaks. On découvre même un brin de dub sur les deux "Earth Worm". Ici, la musique est vécue comme une expérience cathartique, quasi spirituelle, à tel point que le groupe prétend faire du gospel et nous demande de partager son expérience ("Do You Like Gospel Music?").

Quand prend fin une auto-flagellation pleine de classe ("Watch It with that Thing"), la musique de Make-Up sonne comme un appel à la libération. Ca sent à plein nez le sexe, la douleur et la sueur, sur chaque morceau, dans chaque parole, où l’autre, la compagne, l’amour, l’objet de toutes les concupiscences, est interpellée le ventre à terre et les mains suppliantes, comme si elle était le bon Dieu. Et si le MC5 est toujours là (les deux "Black Wire" s’en inspirent explicitement), c’est aussi du fait de cette alliance entre son bruit blanc et l’esprit d’insoumission issu de la lutte pour les droits civiques, que le groupe de Detroit avait su accomplir.

Riche de "Live in the Rhythm Hive", de "Watch It with that Thing" et de "Do You Like Gospel Music?" d’anthologie, In Mass Mind n’est pourtant pas le meilleur album de Make-Up. Le suivant, Save Yourself, aura des moments encore plus forts, leur compilation I Want Some contient davantage de bons morceaux. Aussi, il y a parfois de quoi se lasser, à force d'entendre Svenonius brailler autant, si proche de la rupture et de l'époumonnement. Le chanteur donne tout, trop vite, il peine à ménager ses effets. Mais son disque reste le meilleur compromis possible entre un enregistrement en studio et un témoignage de l’expérience inoubliable que devait être, sur les cinq années de leur existence, un concert de Make-Up.

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