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THE DUKES OF STRATOSPHEAR - Chips from the Chocolate Fireball

, 22:51 - Lien permanent

Le pastiche est un exercice délicat, le réussir n’est jamais acquis. Plus rares encore sont ceux qui s’avèrent aussi aboutis que les œuvres qu’ils prétendent parodier. Au milieu de la décennie 80, les Dukes of Stratosphear y étaient pourtant quasiment parvenus quand ils avaient prétendu nous transporter 20 ans plus tôt, en plein apogée de la pop psychédélique. Les instigateurs de ce projet extravagant, derrière lesquels se reconnaîtraient bien vite les membres de XTC, avaient même poussé la farce jusqu’à prétendre que tout cela, cet EP apparu le 1er avril 1985 (25 O’Clock), puis cet album sorti deux ans plus tard (Psonic Psunspot), regroupés tous les deux sur le présent CD, provenaient d’un groupe oublié des années 60.

THE DUKES OF STRATOSPHEAR - Chips from the Chocolate Fireball

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Tout y était : guitares fuzz, flûtes folkloriques, instruments exotiques à la sitar et mellotron, ambiances éthérées, solos allumés, voix trafiquées et noyées dans des ambiances vaporeuses, paroles extravagantes et sous hallucinogènes, chansons dédiées aux drogues, à l’amour ou aux deux à la fois ("My Love Explodes", "You’re my Drug"), humour cocasse ("Have you Seen Jackie? "), pochettes baroques et bizarres, titres abscons à rallonge, pseudos étranges et so british (Sir John Johns, The Red Curtain, Lord Cornelius Plum, E.I.E.I. Owen, Swami Anand Nagara…).

On aurait pu s’y tromper, s’il n’y avait pas eu cette production moderne de John Leckie, si Psonic Psunspot, plus sage et moins délirant que 25 O’Clock, avait moins ressemblé aux travaux habituels de XTC, et si le groupe avait moins appuyé ses clins d’œil aux grands de cette époque : Byrds ("You're my Drug"), Beatles ("The Mole from the Ministry"), McCartney solo ("Brainiac’s Daughter"), Beach Boys ("Pale and Precious"), Pink Floyd ("Bike Ride to the Moon"), Kinks ("You're a Good Man Albert Brown"), Hollies ("Vanishing Girl"), Electric Prunes ("25 O'Clock")...

Tous ces titres étaient autant de parodies, et pourtant, ils étaient diablement bons. "25 O’Clock" était un tube certifié, "The Mole from the Ministry" le plus convaincant décalque des Fab Four qui soit, "Vanishing Girl", "Shiny Cage", "Brainiac’s Daughter" et "Pale and Precious" quelques unes des plus belles chansons jamais écrites par le groupe. Ils étaient en fait nettement plus réussis que si XTC avait choisi la voie plus académique et plus respectueuse de l’hommage, du tribute.

En se lâchant, en échappant quelques temps à la lourde responsabilité de l’artiste, à sa recherche illusoire du neuf, en essayant, non plus de s’affranchir de ses modèles, mais d’en reproduire les recettes les plus séduisantes, d’en extraire la substantifique moelle, le groupe proposait avec Chips from the Chocolate Fireball l’un de ses albums les plus frais et réjouissants. Pas le meilleur, non, mais un complément bienvenu à l'album Skylarking, enregistré dans les mêmes temps, et dont il cultive, de façon plus débridée, légère et voyante les mêmes influences.

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