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THE DELGADOS - The Great Eastern

, 21:35 - Lien permanent

Avant 2000, les Delgados, c’était déjà beaucoup. C’était les gens derrière Chemikal Underground, le label qui avait redonné des couleurs à la pop écossaise avec les albums de Mogwai, d’Arab Strap ou de Bis. C’était aussi des artistes accomplis, des chouchous de John Peel en cette fin des années 90, auteurs de deux albums réussis, dont Peloton (pour continuer sur la thématique cycliste, le nom du groupe provenant du vainqueur du Tour de France 1988…), déjà l’un des disques notables de l’année 1999. Le suivant, toutefois, serait meileur encore.

THE DELGADOS - The Great Eastern

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Avec The Great Eastern, les Delgados franchissaient une nouvelle... étape. Ils avaient déjà commencé à enrichir leur palette de sons sur Peloton, avec moult violons. Mais cette fois, ils se lançaient plus loin encore dans la pop orchestrée, avec l’appui d’un spécialiste du genre, Dave Fridmann, tout juste sorti de ses collaborations avec Mercury Rev et les Flaming Lips. Au vu de ce que le producteur avait fait de Deserter's Songs et de The Soft Bulletin (ou de ce qu’il fera plus tard avec MGMT, pour nos lecteurs les plus jeunes), on aurait pu redouter qu’il transforme ce troisième album en une grande choucroute boursouflée et dégoulinante d’effets tape-à-l’œil. Mais non. A part quand surgissent les violons du falot "Knowing When to Run", il n’y a aucun moment où cela devient too much.

A l'exception du dépouillé "Make Your Move", il est vrai que la patte de l’exubérant producteur se ressent partout. Dès le long "The Past That Suits You Best", somptueuse introduction, les cuivres, les flûtes et les violons sont de sortie. Il y a parfois de l’emphase, des envolées lyriques sur ce disque conjugué à la deuxième personne, sur le ton du conseil ou de la confession que l'on fait à l'ami, à l'être autrefois cher, à Dieu ou à soi-même. L'album est parcouru d’étrangetés sonores, de petits bruits bizarres en arrière-plan, parfois de rythmes inhabituels, ou de calmes avant une tempête de guitares ("Thirteen Gliding Principles", "No Danger").

Mais avec ses mélodies ("No Danger", "Aye Today", "Witness"), ses suites ou superpositions bien senties des chants d’Emma Pollock et d’Alun Woodward ("The Past That Suits You Best", "Thirteen Gliding Principles", "Aye Today"), le groupe ne se laisse jamais noyer sous cette production chargée. Au contraire, il en joue, comme sur ce magnifique "Accused of Stealing", où le chantonnement de Pollock et une guitare primesautière laissent soudain la place à un semblant de valse.

Avec The Great Eastern, on reste sur de la pop song. De la pop song qui sait dépasser les cinq minutes, de la pop song qui joue des ruptures, des changements de rythme et des surprises. Mais la meilleure des pop songs. Celle qui résulte d'un travail de fourmi et d'une grande attention aux détails, dont l’auditeur ne retiendra pourtant qu’un semblant de naturel et de simplicité. Le meilleur album pop de l’an 2000, plaidaient alors certains. Dix ans après, on se doit de leur donner raison.

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