THE BROTHERHOOD - Elementalz
Par codotusylv le mardi 17 novembre 2009, 23:02 - Hip-Hop - Lien permanent
Qui a dit que le hip-hop anglais n’avait jamais existé ? Du London Posse à Dizzee Rascal, en passant par Gunshot, Lewis Parker, Roots Manuva et les Scientists of Sound, les exemples abondent de rappeurs britanniques a minima intéressants, voire capitaux. Toutefois, s’il fallait citer un album, plutôt qu’un artiste, une scène ou une démarche, Elementalz pourrait être celui-ci.

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La première théorie concernant le rap anglais, c’est qu’il n’a jamais vraiment existé. A la manière de beaucoup d’autres scènes hip-hop nationales, il n’aurait produit que de pâles copies des originaux américains, des Nextmen et des Creators sans grande saveur, et qui n’auraient jamais fait avancer le schmilblick. La seconde, la plus juste, est que le hip-hop aurait effectivement fait souche en Angleterre, mais qu’il se serait transformé au contact de la rave culture en choses aussi différentes que le trip-hop ou le grime.
Elementalz, cependant, contredit ces deux thèses. Avec The Brotherhood, on n’avait clairement pas affaire à du hip-hop crossover et mutant. Certes, avec leur accent prononcé, avec leurs allusions à Gary Glitter, Eric Cantona ou Camilla Parker Bowles, avec leur ancrage dans la culture populaire britannique, avec leurs subtiles chroniques de la rue londonienne et du quotidien anglais ("You Gotta Life" et ses paroles brillantissimes sur le racisme ordinaire), les rappeurs affirmaient leur spécificité nationale. Ils la revendiquaient même, s’en prenant par exemple aux MC’s trop soucieux de singer leurs inspirateurs américains ("British Accent").
L’album, par ailleurs, était produit par The Underdog alias Trevor Jackson, quelqu’un de fermement ancré dans la club culture anglaise, venu sampler ici du King Crimson et du Soft Machine, proposer quelques curiosités comme le beat de l’ego-trip "Punk Funk", et qui démontrera plus tard une sensibilité multi-genres typiquement anglaise en faisant démarrer Fridge et Four Tet sur son label Output, en produisant ou remixant U2 et Massive Attack, et en collaborant avec Edwyn Collins, Roddy Frame, Kathleen Hanna et d’autres avec son projet Playgroup.
Pourtant, pour l’essentiel, ce rap là ressemblait furieusement à son compère d’Outre-Atlantique. Pour être plus précis, l’album s’inspirait outrancièrement de la formule développée du côté du Boot Camp Click : percussions martiales, basses profondes, beats atmosphériques, raps tranchants, posture hardcore et chœurs guerriers. Autre preuve de cette filiation, s’il en était besoin, le redoutable "How many MC's" de Black Moon était samplé sur Elementalz.
Mais ici, pour une fois, avec ces rappeurs au flow, aux textes et à l’inspiration irréprochables, avec des titres aussi extraordinaires que l’appel à l’unité de "One 3", le jazzy "On the Move", "Clunt Click", "One Shot", "Nominate" et un fantastique "Goin’ Underground" aussi suave que sombre, les copieurs se montraient parfaitement dignes des originaux.
Dommage qu’après cette sortie tonitruante chez une major, Shyloc, Spyce et Mr Dexter n’aient plus jamais fait parler d’eux, laissant The Underdog poursuivre seul la carrière que l’on sait. Car à peu de chose près, si sa moitié de titres tout simplement bons avaient été comme tous les autres, excellents, Elementalz aurait été rien de moins qu’un autre Enta da Stage.
Commentaires
Pour le côté "je singe les américains", jetez une oreille sur le premier effort du groupe ("XXIII") sorti en 93....