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Depuis 1997 : critiques, dossiers, sélections et autres papiers, dédiés au rap (et parfois à d'autres musiques)
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RAOUL SINIER - Tremens Industry

, 22:51 - Lien permanent

Voici donc un nouvel album de Raoul Sinier, avec cette fois plus de continuité que de rupture par rapport à ses œuvres précédentes. Toujours cet univers graphique dans les marrons gris, toujours cette complémentarité entre le son et l'image, toujours cette musique électronique uniformément sombre et malsaine, et pourtant, parfois, accrocheuse. Par ailleurs, cette fois, l'image est en prime.

RAOUL SINIER - Tremens Industry

Ad Noiseam :: 2009 :: raoulsinier.com :: acheter ce disque

Tremens Industry est à mi-chemin des deux albums précédents, tantôt aussi accrocheur que Wxfdswxc2, tantôt ardu comme son prédécesseur, Brain Kitchen. Comme ce dernier, il est souvent inconfortable, avec ses percussions anarchiques ("Sand Skull"), son hip-hop concassé à la Scott Herren ("List of Things"), ses symphonies de poche électroniques et malmenées ("This Little Mouse"), ses petits bruits qui font mal aux oreilles, ses claviers en forme de cathédrale gothique, ses grandes orgues synthétiques et, plus généralement, son overdose de noirceur.

Mais cet album recèle aussi un contingent appréciable de titres plus attractifs, comme l’épique "The Hole", le trépidant "Alternative Rush" ou un "Boxes" chanté (une première !!!). On y trouve encore, en ouverture, un "Overthoughts" tout en répétitions et en progressions à la Philip Glass, en plus synthétique bien sûr, et en toute fin le crescendo à la fois lourd et lumineux de "Hard Summer".

Rien de nouveau sous l’astre noir du dieu Ra, donc, si ce n’était le DVD qui complète cette sortie, et qui compile l’ensemble des vidéos qu’il a concoctées en complément de sa musique. Si des corps mutilés peuplent l'univers graphique de l'artiste, ici, c’est tout entier qu’il s’offre à l’ouïe et à la vue des gens. L’ajout était nécessaire, tant ses sons, écoutés sans image, ressemblaient à une BO sans film ; et puis, bien sûr, parce que Sinier a été graphiste avant de se faire musicien.

Sans surprise, ces petits films où il se met souvent lui-même en scène sont dans la même tonalité que la musique. C’est la même atmosphère lourde et triste, la même impression d’étrangeté. Sinier excelle à nous montrer, dans un Paris grisâtre, dans un appartement vide tout juste équipé d’ustensiles électro-ménagers, un quotidien tristounet s’emballer et glisser tout à coup vers la folie.

Les frustrations et les démons de l’homme urbain solitaire sont soulignés par des corps amputés, par ces femmes sans tête, par ces têtes sans visage, par ces invasions de clones ou de monstres voués à harceler notre unique protagoniste. Les scènes surréalistes s’ajoutent aux autres, toutes sombres et paranoïaques. Ici, on voit l’auteur se promener avec une escalope de dinde en laisse ; là, un robot extra-terrestre protéger une souris ; plus loin, une bulle géante envahir inexorablement la ville ; ou un radis humanoïde échapper à l’enfer industriel.

Tout ça ne respire pas l’optimisme. Et même si l’humour et le grotesque règnent ici (après le sample de Julie Pietri, un mémorable "Ecoute ta Sœur !!" sur "Elle A Raison"...), ça n’est pas bien joyeux. Cependant, hormis sur des bonus ennuyeux (Raoul dessine sur son ordi, Raoul se fait fabriquer une guitare sur mesure…), on se laisse happer par les petites saynètes de l’auteur, tout comme avec sa musique.

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