JEAN-SYLVAIN CABOT & PHILIPPE ROBERT - Hard 'n' Heavy, 1966-1978
Par codotusylv le mercredi 9 décembre 2009, 23:01 - Livres - Lien permanent
Philippe Robert, quatrième. Le critique rock revient chez Le Mot et le Reste pour une nouvelle sélection d’albums. Changement notable : il n’est plus seul. Pour ce nouvel ouvrage, il s’est acoquiné avec Jean-Sylvain Cabot, ancien spécialiste du hard rock chez Rock’n’Folk. Car cette fois, il est question de guitares qui tapent et qui crient fort.

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Le moment est opportun. Le temps où le hard rock et le heavy metal (en introduction, les auteurs détaillent les nuances qui séparent, ou pas, ces deux termes) était le genre musical honteux par excellence commence à être un vieux souvenir. Animés par la curiosité universelle que permettent désormais Internet et la musique gratuite, peu concernés par les guerres de chapelles des années 70 et 80, les jeunes auditeurs d’aujourd’hui n’abordent plus ce genre avec les préjugés d’autrefois.
Et puis les frontières ont bougé. Dès les années 80, les groupes hardcore américains nés à la suite du mouvement punk, l’ennemi héréditaire du hard, redécouvraient le metal de Black Sabbath. Aboutissement de cette démarche, le grunge des années 90 mariait ces deux traditions autrefois antagonistes. Et aujourd’hui, avec Sunn 0))) et les aventures de Julian Cope au sein de Brain Donor, le genre acquiert des lettres de noblesse et l’assentiment d’une élite musicale qui l’a autrefois constamment dénigré.
Le retournement de situation est tel que le critique anglais Simon Reynolds, en conclusion de son récent Totally Wired, en venait à se demander si l’esprit aventureux du punk et du post-punk ne se retrouvait pas davantage dans le metal des années 2000, lointain descendant d’un genre autrefois honni, que dans la scène indie rock, pourtant héritière de la lignée punk et new-wave, mais minée par le conservatisme et le passéisme.
La réhabilitation, cependant, ne va pas encore de soi. Pour preuve, les efforts incessants que Cabot et Robert déploient tout au long de leur ouvrage pour vendre et pour légitimer le genre. Dès qu’ils le peuvent, les deux auteurs s’acharnent sur les vieux murs qui séparent encore une musique rock légitime d’une autre qui ne le serait pas. Ainsi, ils appellent en renfort des personnages respectés et associés à la tradition punk, pour mieux souligner l’intérêt des disques présentés : le John Peel hippy du début des années 70 est souvent cité, Lester Bangs vient aussi à la rescousse, et le nom de Julian Cope apparaît dans un nombre conséquent d’articles. Les auteurs ne manquent pas non plus de rappeler la passion de Daniel Johnston pour les Runaways, l’intérêt de Thurston Moore et de Mike Watt des Minutemen pour Kiss, la collaboration entre Patti Smith et le Blue Öyster Cult.
Leur sélection de disques résulte aussi de cette approche transversale, puisqu'ils ajoutent aux pères fondateurs du genre, Led Zep, Deep Purple et Black Sabbath, les précurseurs qu'ont été Cream, Hendrix et les Who, et des groupes proto-punk radicaux comme les Stooges et le MC5. C’est qu’avant 1977, les frontières n’existaient pas encore, et que la volonté de hausser le son de la guitare était largement partagée par des gens d’origines et d’aspirations diverses, voire contraires, qu’elle touchait tout autant des groupes psyché, progressifs et expérimentaux, que ceux attachés aux traditions folk et blues, qu’elle débordait jusque sur les musiques noires avec Death, Demon Fuzz ou Black Merda.
Le grand intérêt de cette sélection, c'est quelle présente un panel large d’une centaine d’albums qui, aux locomotives du genre à la Van Halen, Aerosmith et AC/DC, mêle des références plus confidentielles, et qui démontre aussi avec des disques japonais, allemands, danois, suisses, irlandais, australiens, canadiens, israéliens, voire franco-marocains, que le phénomène hard ou heavy était universel. Et comme toujours, c’est une approche très pédagogique qu’adopte Philippe Robert, seul ou accompagné, une démarche de passeur avec ces chroniques ni trop courtes ni trop longues, et qui s’efforcent de contextualiser les disques, de guider le lecteur, de prodiguer ces conseils d’écoute.
Seuls les plus exigeants, ceux qui voudraient un Itinéraire Bis du hard plutôt qu’un ouvrage de vulgarisation, pourraient se plaindre d’un livre qui n’est pas toujours pointu. Bien que venant de cette tradition qui abhorre le metal, je connaissais moi-même une bonne moitié des références, et en possède une dizaine en dur. Cependant, même dans ce cas, et surtout si l’on ajoute les dizaines d’albums et d’artistes complémentaires listés pour ceux qui désireraient aller plus loin, Hard 'n' Heavy laisse le champ libre à une palanquée de découvertes, il devrait permettre à quiconque, même aux plus réticents, de trouver quelque chose qui lui parle dans le monde finalement complexe et diversifié du hard et du metal.
Et si d’aventure il vous en faudrait encore plus, sachez qu’un second volume est prévu pour dans quelques mois, s’étalant lui de 1978 à nos jours.
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