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DOPPLEREFFEKT - Gesamtkunstwerk

, 17:17 - Lien permanent

Au terme d’une décennie 90 qui lui avait été acquise, après avoir évolué en tous sens et connu d’innombrables métamorphoses, la techno semblait prête à parcourir le chemin inverse et à revenir au temps d’avant la rave, à Cybotron, à l’electro, à Kraftwerk. A rappeler que l’aventure était née pour partie de la fascination d'Afro-Américains pour une musique née sur les bords du Rhin. Et bien sûr, une telle démarche ne pouvait venir que des géniteurs du genre, à Detroit.

DOPPLEREFFEKT - Gesamtkunstwerk

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Malgré une culture de l’anonymat savamment entretenue, il n’était pas difficile de retracer la filiation de Dopplereffekt avec Drexciya, et la présence d’un certain Gerald Donald, Américain de son état, derrière le pseudonyme Rudolf Klorzeiger. Après avoir sorti une série d’EP ou de minis LP dès 1995, dont le très prisé "Sterilization", le duo formé par Donald/Klorzeiger et To Nhan Le Thi avait été invité par DJ Hell à sortir une compilation de leurs titres sur son label, laquelle, disponible en 1999 (et rééditée depuis en 2007) avait pris le nom de Gesamtkunstwerk, en référence au concept wagnérien "d’œuvre d’art totale".

A travers ce titre, comme avec l'alias mentionné plus haut, se manifestait un tropisme nettement germanique. Mais l’imagerie provenait aussi de plus loin vers l’Est, comme avec la faucille, le marteau et l’étoile de la très sobre pochette, avec la photo du duo posant avec gravité devant d’immenses drapeaux soviétique et chinois qu’on découvrait à l’intérieur, avec le nom et le faciès asiatiques de la comparse de Donald, avec cette face assez retouchée pour paraître blanche qu’on avait dessinée à l’Américain, parfaite réplique de ces visages inexpressifs exhibés par Kraftwerk à l’époque de Trans-Europe Express et de The Man Machine.

Dopplereffekt reprenait les choses là où ces albums les avaient laissées. On y trouvait en effet le thème de l’homme-machine, une musique très minimale, épurée, répétitive et bien sûr absolument synthétique, des rythmiques robotiques, une austérité totalitaire, une ambiance de dystopie, avec des voix froides et mécaniques, parfois trafiquées au vocoder, et répétant à l’unisson des machines des slogans creux et des allusions à la technologie ("Cellular Phone", "Satellites", etc.), à une science déshumanisante ("Sterilization", "Master Organism", "Scientist"), à une sexualité hygiénique et distante ("Pornoviewer", "Plastiphilia").

Dans ce dernier registre, la pornographie de masse étant passée par là, les paroles se montrant plus crues qu’à l’époque des quatre de Düsseldorf ("I want to make love to a mannequin, I want to fuck it, I want to suck it"). Mais pour le reste (et même si, avec ses rythmes souvent trépidants, ses effets et certains sons, on voit que 15 ou 20 années de musique électronique séparent Gesamtkunstwerk de Kraftwerk et de l'electro), c’est tout de même très proche, jusque dans le côté jubilatoire de la formule et son aisance à produire des tubes ("Sterilization", "Denki No Zuno", "Infophysix", "Pornoactress", les trop courts "Platiphilia", etc.).

Le "rétro-futurisme" était un mot à la mode à la fin des années 90, à l’aube d’une décennie qui s’amuserait à réinvestir massivement la musique du début des années 80, ce temps où l’on croyait encore au futur et à l’avant-garde. Et Dopplereffekt, indubitablement, illustrait ce concept mieux que quiconque.

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