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DAVID BOWIE - Aladdin Sane

, 22:22 - Lien permanent

Chez les critiques, il est souvent question du syndrome du deuxième album. Cette formule journalistique, cependant, est sans fondement. Un disque n’est attendu au tournant qu’à partir du moment où celui d’avant a été un succès. Difficile, en effet, de juger la tête froide le successeur d’un album qui a cartonné. Une part d’aléatoire s’insère alors dans les réactions des commentateurs. Pour des raisons indépendantes de sa qualité propre, le disque évalué peut être monté au pinacle ou descendu en flèche, sans qu'aucune de ces deux réactions ne soit légitime.

DAVID BOWIE - Aladdin Sane

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Aladdin Sane, cinq ou sixième album de David Bowie (selon le décompte que l'on fait de sa discographie), mais surtout successeur immédiat de Ziggy Stardust, aurait pu être de ces albums qu'il est impossible de juger sereinement. Mais aujourd’hui, maintenant qu’un long recul est possible, il ne peut ni être exagérément vanté, ni considéré comme le simple sous-produit du disque d'avant.

Fidèle à la démarche qu’il adoptera bon an mal an tout au long de sa carrière, David Bowie présentait ici un nouvel alter ego, Aladdin Sane ("a lad insane", un mec tordu), personnage mystérieux qui réapparaîtrait avant chaque conflit majeur, en 1913 et en 1938, puis à un moment quelconque des années 70, avant que la Guerre Froide ne dégénère à son tour en nouvel affrontement planétaire et sanglant. Cependant, contrairement à Ziggy, cette nouvelle incarnation de Bowie n’allait pas être présente sur chaque plage de l’album, lequel se révélerait moins conceptuel, moins taillé au cordeau et plus décousu que son prédécesseur.

Davantage qu’un album, Aladdin Sane était en fait un disque de transition, sorti pour satisfaire les exigences du label, une compilation de titres épars écrits en tournée, à un moment où la célébrité sollicitait le chanteur de toutes parts. Entre les concerts et les collaborations, au faîte de la Ziggy Mania, David Bowie était alors un homme très occupé. C’est à la même époque, en effet, qu’il produirait pour d’autres les classiques Transformer, Raw Power et All the Young Dudes.

La formule glam rock de Ziggy était encore présente, via la guitare flamboyante de Mick Ronson et des mélodies colle-aux-basques ("Drive in Saturday"). Mais Aladdin Sane avait aussi d'autres facettes. Bowie y exprimait des velléités expérimentales avec le piano bizarre du jazzman Mick Garson (cf. le solo sur "Aladdin Sane"), il revenait à la formule cabaret de Hunky Dory ("Time") et il annonçait l'album de reprises Pin Ups avec sa version du "Let’s Spend the Night Together" des Stones.

Matériau composite, Aladdin Sane se montrait inégal. Mais en ces années fastes où Bowie changeait en or tout ce qu'il touchait, il restait un album de haute volée. Les décharges boogie et rock’n’roll présentes, "Watch that Man", "Panic in Detroit", "Cracked Actor" et ce "Jean Genie" (une déformation du nom de Jean Genêt) qui sera son premier numéro un aux Etats-Unis, se montraient toujours efficaces.

Et surtout, ce nouveau disque recelait trois modèles de titres emphatiques mais splendides comme il en pleuvait dans la première moitié des années 70 : ce glamissime "Drive in Saturday" et son étrange histoire de gens qui réapprennent le sexe au cinéma, l’épique "Time", et ce magnifique "Lady Grinning Soul" au piano superbement dégoulinant et au chant habité. C'était là trois chansons mémorables, trois des plus beaux morceaux du répertoire de David Bowie.

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