BLACK SHEEP - A Wolf in Sheep's Clothing
Par codotusylv le lundi 28 décembre 2009, 21:42 - Hip-Hop - Lien permanent
En intro de son premier album, le duo Black Sheep explique son nom en précisant que ces membres tardifs de la Native Tongues family en sont en quelque sorte le mouton noir. Pourtant, difficile de faire plus conforme aux chouettes particularités du fameux collectif hip-hop qu'A Wolf in Sheep's Clothing.

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En intro de son premier album, le duo Black Sheep explique son nom en précisant que ces membres tardifs des Native Tongues, arrivés à New-York de leur Californie natale pour joindre leurs forces à De La, à Tribe et aux autres, sont en quelque sorte le mouton noir de la fameuse confrérie. Pourtant, difficile de faire plus conforme aux chouettes particularités du célèbre collectif hip-hop qu'A Wolf in Sheep's Clothing : sons légers, globalement jazzy et funky, mais capables de puiser bien au-delà du spectre des musiques noires et, parfois, de plaire aux college radios ; profusion de samples ; bon esprit et sens critique ; et surtout, paroles malines complètement dédiées à un humour au soixante-dixième degré.
C'est que le rappeur, Dres, et même le beatmaker Mr. Lawnge quand, à l'occasion, il se met lui aussi à rapper, en connaissent un rayon en la matière. Ironie, parodies, auto-dérision, esprit potache, toutes les formes de comique étaient déployées sur leur indispensable premier album. Ça commençait d'ailleurs très fort avec "U Mean I'm Not", un pastiche gangsta où, sur un beat funky minimaliste et rêche, un Dres furieux nous contait le meurtre d'une sœur qui, malencontreusement, lui avait emprunté sa brosse à dent...
D'autres thèmes, d'autres passages obligés du hip-hop en ce début des 90's, étaient passés au même crible, comme l'afro-centrisme ("Are You Mad?"), ou le sexe ("La Menage", avec Q-Tip). Ailleurs, Black Sheep s'en prenait gentiment à un féminisme obtus (l'interlude "L.A.S.M."), aux chauffeurs de taxi ("Go to Hail"), aux pièges de la célébrité ("Gimme the Finga") ou aux filles qui profitent des lumières trompeuses des stroboscopes pour se mettre à leur avantage ("Strobelite Honey"), tout cela de manière tellement drôle et subtile qu'on se demande souvent si c'était d'eux ou des autres que les deux de Black Sheep se moquaient, si ces moutons nous vendaient du lard ou du cochon.
Et comme si cela ne suffisait pas, Black Sheep maniait avec autant de réussite le non-sens, le goût de l'absurde et des curiosités, jouant à faire rapper des chiens "Similak Child", s'essayant à un beatboxing bizarre ("Blunted 10") ou se lançant dans une chanson toute en "fuck you" entraînants à souhait ("For Doz That Slept")...
Mais tout ceci ne serait rien si Mr. Lawnge ne proposait pas aussi des beats futés et accrocheurs purement Native Tongues, certains, irrésistiblement groovy, se destinant à la danse (le remix funky de "The Choice is Yours", et "Strobelite Honey", évidemment), d'autres se montrant plus posés ("Similak Child", qui sample notamment le Jefferson Airplane) ou joliment légers ("Flavor of the Month"), mais tout aussi excellents.
Avec toutes ces qualités, et même si le groupe, après un second album décevant sorti trois ans plus tard, n'a pas connu la postérité de De La Soul ou d'A Tribe Called Quest, malgré aussi d'incontournables longueurs vers la fin, ce premier disque n'avait nullement à rougir d'une comparaison avec les réjouissants 3 Feet High & Rising et People's Instinctive Travels... proposés par leurs voisins de bergerie.