BUSDRIVER - Glaz'art - 6 mai 2009
Par codotusylv le jeudi 7 mai 2009, 22:26 - Concerts - Lien permanent
Il y a quelques années déjà, à l'époque de l'album Fear of a Black Tangent, nous notions ici même que le talent de Busdriver, indubitable, sa personnalité, son "truc", peinaient à s'exprimer et à atteindre leur pleine mesure. Qu'il n'y arrivait pas. Qu'il y avait toujours quelque chose qui clochait sur ses albums. Eh bien, cette chose qui cloche, on la retrouve malheureusement sur scène.

Busdriver a tout pour lui. Des idées larges, une musique capable de toutes les audaces, des productions nettement meilleures que par le passé, un phrasé de dingue dans la plus pure lignée du Project Blowed, une gueule d'Afro-Américain intello à lunettes qu'on retient. Des premiers CD-R tout pourris qu'une poignée d'initiés se partageaient tout en les survalorisant, à ses disques chez Mush, chez Big Dada, chez Epitath, il a accompli un petit bout de chemin que beaucoup d'artistes issus comme lui du West Coast Underground auraient bien raison de lui envier. Qui plus est, il semble avoir gagné une petite fanbase toute acquise à sa cause, comme l'a prouvé ce contingent de groupies en folie qui se sont pressés ce soir à Glaz'art, bougeant, dansant, criant, levant les bras au moindre geste de notre Californien.
Et pourtant, rendons-nous à l'évidence, nous autres, qui y avons cru assez longtemps pour, ce jour encore, être les partenaires de cette nouvelle soirée Növö Hip Hop : c'était franchement pas bien. Rien, ce soir, n'était à mettre au crédit du rappeur. Peut-être quelques légers moments de frisson quand il s'est lancé dans ses titres les plus anciens, au premier rang desquels l'inaltérable "Imaginery Places". Mais sinon, rien qu'un son pourri et cacophonique, des allers-et-retours tue-l'amour entre le public et ses machines, des titres technoïdes dont un rap et un jeu de scène brouillons détruisent le semblant d'efficacité, des gesticulations incessantes et épuisantes, sans moment, sans ménagement, sans chorégraphie.
Cela devient même cruel quand Busdriver fait monter sur scène son compère Riddlore (de toutes les fêtes parisiennes ces temps-ci) tant le contraste est fort. Celui-ci bouge moins, il reste planté devant le public, le regard jeté droit devant. Mais sa présence et son flow sont suffisants pour rendre ces deux minutes d'intervention cent fois plus passionnantes que tout le foin de notre ami conducteur de bus. Car rien d'autre ce soir n'est venu lui sauver la mise, et surtout pas ces tout nouveaux titres criards et creux, parmi lesquels ce navrant "Me-Time", où le rappeur cherche à nous refaire le même coup qu'avec "Imaginary Places", en troquant cette fois la "Badinerie" de Bach contre la "Marche Turque" de Mozart. Malheureusement, le réchauffé, ça n'a jamais été très bon.
Car "Imaginary Places", tout de même, ça remonte bien à une décennie maintenant. Et qu'est-ce qu'il disait au fait ton vieux t-shirt, Busdriver ? Que "Sorry, underground hip-hop happened ten years ago" ? Oui, ça on le savait déjà. Mais ce que tu nous as confirmé ce soir, c'est qu'on pourrait tout aussi bien y remplacer les mots "underground hip hop" par "Busdriver". Ca n'en serait que plus pertinent.
Commentaires
J'ai vu Busdriver et Jonaz le 17.04 donc y'a une semaine, et je me réjouis bien de savoir ce que vous en penserez! :)
Toute bonne tournée j'ai trouvé, autant Jonas que Busdriver!
Les plats en sauce sont meilleurs réchauffés.
en même temps la vraie sauce c'est 90 secondes montre en main, enfin chez moi en tout cas
sans regret sinon
il a joué de nouveaux morceaux non ?
Je veux bien répondre à ta question, mais pour info la réponse est dans l'article...
Sinon, oui, il en a joués, et ça ne donne pas une envie de folle de découvrir son nouvel album, malheureusement.Et oui, Jude, bien d'accord, les plats en sauce sont meilleurs réchauffés. C'est là qu'on voit les limites de la métaphore.