DALEK - Gutter Tactics
Par codotusylv le jeudi 2 avril 2009, 22:09 - Hip-Hop - Lien permanent
Du Dälek fidèle à lui-même, implacable et impressionnant. Mais qui marque sensiblement moins qu’avec les deux albums précédents, tant une formule, aussi marquante et efficace soit-elle, finit-elle toujours, fatalement, par paraître moins neuve, par s’émousser.

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Soyons honnête. Dälek a beau être qualifié de groupe avant-gardiste et expérimental, porter haut le flambeau d’un "avant-hop" plutôt éteint ces derniers temps, nous proposer un MC qui sait stopper ses bavardages pour laisser s'exprimer la musique, jouer des dissonances, flatter les petits blancs middle class que nous sommes en métissant le rap et en l’ouvrant à d’autres horizons (la collaboration avec Faust), il n’a jamais vraiment donné dans la subtilité.
Car qu’entend-on sur chaque album, sinon de légères déclinaisons d’une seule et même formule ? Dälek, c’est systématiquement un regard outrancièrement sombre sur la marche du monde et des plaintes convenues sur l’état déplorable du hip hop d’aujourd’hui ("We Lost Sight"). C’est aussi et toujours ce mur du son, cette musique implacablement lourde et poussée à plein volume dont Black Sabbath a autrefois fourni l’archétype, mais convertie au rap et enrichie depuis par des réminiscences de My Bloody Valentine, du Bomb Squad et des versants les plus bruyants de la musique électronique, voire d’Isis, ces compagnons de label experts eux aussi dans l'agression des tympans.
A l’image des paroles qui ouvrent le disque, un sermon du révérend Jeremiah Wright qui s’attaque sans gant à une Amérique blanche agressive et impérialiste ("Blessed Are They Who Bashed Your Children’s Heads Against a Rock"), il y a quelque chose de simpliste chez Dälek, mais d’incroyablement éloquent. Ce terrorisme sonore semble facile à mettre en œuvre, mais comme tous ces autres genres rouleau-compresseur et adeptes du terrorisme sonore, death metal, punk hardcore, gabber ou indus, il est difficile de ne pas être submergé, il serait mensonger de se déclarer "pas impressionné" par l’énergie redoutable d’un "Armed with Krylon", d’un "Gutter Tactics", ou du carillonnant puis pesant "Street Diction", apothéose de ce nouvel album.
Et puis aussi, même si les ingrédients de base sont restés strictement les mêmes, la recette a sensiblement évolué, elle s’est diversifiée depuis le compact et monolithique Absence, ce disque mastoc qui nous livrait la quintessence du style Dälek. Car ce nouvel album prolonge l’expérience menée avec son prédécesseur, ce très bon Abandoned Languages qui sonnait plus ouvert, plus varié et plus respirable que celui d’avant, toutes proportions gardées. Avec Gutter Tactics, le mastodonte Dälek se dégrossit un peu, quand il ralentit progressivement le tempo de "Who Medgar Evers Was…", quand il se contente d’un rythme lent parsemé de multiples détails ("Atypical Stereotype"), quand il retient avec adresse de fortes envies de crescendo ("2012").
Mais l’album reste toutefois deux ou trois crans au-dessous des deux qui l’ont précédé, tant une formule, aussi marquante et efficace soit-elle, finit-elle toujours, fatalement, par s’émousser et par paraître moins neuve.
Commentaires
100% d'accord avec cette chronique.
d'accord avec ton analyse
comme je disais sur le board, street diction et no question c'est du très bon Dalëk, le reste, c'est du Dalëk. J'aime bien mais absence, abandonned language et les unreleased restent au dessus chez moi