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ATMOSPHERE - Overcast!

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Soyons honnête. Le premier album d'Atmosphere a beau avoir été la base de la riche scène rap de Minneapolis, et l'un des disques fondateurs du hip-hop indépendant, peut-être aussi capital que Funcrusher Plus, il n'était pas parfait. D'abord, l'édition CD de ce disque n'évitait pas l'écueil du remplissage. Plusieurs des premiers titres se montraient même plutôt poussifs et laborieux. Aussi, à quelques audaces près, les beats très fonctionnels d'Ant étaient souvent d'une platitude à toute épreuve. Quant aux raps de Spawn, s'ils étaient honnêtes, leur principal intérêt résidait dans le contraste qu'ils apportaient à ceux de l'autre rappeur, notamment par ce timbre rugueux qui lui était radicalement opposé.

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Car cet album, comme le groupe lui-même, était totalement porté par un homme : Slug. C'était sa chose, son oeuvre, son engeance. Le reste n'était que décorum et agréments mineurs. Intensité, éloquence, intelligence des textes, personnalité complexe et duale : dès Overcast!, Sean Daley était le rappeur charismatique et fondamental qu'il est resté, malgré une discographie chaotique et frustrante, l'un de ces artistes rares qui s'imposent comme majeurs dès la première écoute.

A l'origine pourtant, Atmosphere est un projet éminemment conservateur. Situé dans le Midwest, à l'écart des courants principaux du hip-hop, le groupe souhaite préserver le genre, en garantir la fraîcheur, l'entretenir par le contact avec la rue et la pratique des MC battles. Il est à l'exact opposé du rap tape-à-l'oeil qui triomphe en cette fin des années 90. Pourtant, en prenant le contrepied des rappeurs matérialistes, le leader d'Atmosphere innovait, en introduisant dans le genre une faculté d'introspection et d'auto-critique qui lui était presque inédite.

C'était le cas dès "Scapegoat", le titre manifeste du groupe, le premier du EP Overcast!, qui avait précédé son édition sur CD. Sur une boucle de piano en suspend, Slug y énumérait la liste infinie des prétextes par lesquels nous fuyons parfois nos responsabilités ("it's the East Coast, no it's the West Coast, it's public schools, it's asbestos, it's mentholated, it's techno, it's sleep, life, and death, it's speed, coke, and meth, it's hay fever, pain relievers, oral sex, and smokers breath, it stretches for as far as the eye can see, it's reality, fuck it, it's everything but me"), signifiant a contrario qu'il serait, lui, capable de se voir en face.

Ce retour sur soi commençait dès l'introduction tout violons dehors de l'haletant "1597" ("hence forth, step within my psychoanalysis, calluses upon my mind make me strain for my lines"). Il se poursuivait avec "Brief Description", où le rappeur affirmait vouloir découvrir qui il était vraiment avant l'heure de sa mort, ainsi que sur “Clay”, où le rappeur s'emparait de la question existentielle. La quête se poursuivait encore sur "Caved In", un hommage au père interprété par Spawn, mais qui aurait tout aussi bien pu s'imaginer dans la bouche de Slug, connu pour son admiration sans borne envers son géniteur, un musicien afro-américain.

Cependant, Overcast! ne se limitait pas à ce registre. Le MC, d'ailleurs, n'a jamais été l'artiste fleur-bleue qu'ont imaginé les feignants qui ne l'ont jamais vraiment écouté, et qui l'ont vu à tort comme l'archétype de la nuée de rappeurs indés pleurnichards qui naîtront à sa suite. Daley, qui affectionne aussi la face irrévérencieuse du rap, n'aura d'ailleurs de cesse de renier cette image d'homme sensible et introverti, de s'acharner sur cette caricature aussi idiote qu'injuste.

D'ailleurs, les morceaux de l'album variaient sensiblement les plaisirs, tant par les textes que par les sons, comme avec ce "Complication" mettant en scène une femme incapable de se choisir un partenaire stable, ou ce "Cuando Limpia El Humo" et son sample ingénieux à base de chants d'oiseaux. Atmosphere pouvait aussi se prévaloir de "Sound is Vibration", autre temps fort après "Scapegoat", le titre le plus musical d'Overcast! avec sa harpe et ces jeux entre rappeurs qui fleuraient bon l'expérience des battles. Enfin, l'album s'achevait par "Primer", un titre à l'opposé de "Scapegoat", quoique déclamé avec la même virulence.

Ce simulacre de dispute conjugale, prémice du "Kim" d'Eminem, cet exercice de style d'une force inouïe, n'est pas à prendre au premier degré. C'était d'abord un drame de la pauvreté, un portrait, celle d'un couple du Quart Monde où l'homme, dévirilisé, frustré de ne pouvoir offrir à sa compagne le confort qu'il lui doit, se venge de son impuissance par la misogynie et la violence domestique ("first of all bitch, I never promised I'd be rich, so fuck you and your wishes, ya need to do the dishes"). Par ce titre en apparence contraire à son registre de prédilection, Slug ne se montrait pas soudainement bête et brutal. Non, il prouvait sur "Primer" qu'il savait s'extraire de ses affres personnelles et se lancer dans la critique sociale, qu'il était un artiste intelligent, complexe et dual, et pas si simple à copier.

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