Records Broken / Alpha Pup :: 2002
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Au début des années 2000, on aurait prédit un triomphe à Awol One. Voix et phrasé incroyables d'alcoolique repenti, subtilité, humour et fragilités, posture à mi-chemin du classicisme hip hop et des plus folles audaces du Project Blowed. Et puis non, rien ne s'est passé. Ce charismatique Shapeshifter n'a pas profité de la mini-hype apparue dans la foulée de son Souldoubt, il n'est jamais sorti de la confidentialité. Surtout, il n'a jamais produit la grande oeuvre que l'on était en droit d'espérer. Au contraire, au fil des ans, il n'a cessé de sortir des disques de moins en moins intéressants, exceptés quelques sursauts comme cet Only Death can Kill You plutôt bien fichu produit en 2007 par le Canadien Factor.

Alors, pour se consoler, il ne reste plus aux fans déçus qu'à revenir à ses premières sorties, à découvrir ou à redécouvrir qu'en dépit de leurs imperfections, quelques albums restent. Comme Souldoubt par exemple, celui des hits, celui qui aurait pu le faire décoller. Ou comme Slanguage, ce témoignage de l'époque où le producteur Daddy Kev se hasardait à marier rap et free jazz. Mais s'il ne fallait en retenir qu'un seul, s'il fallait sélectionner celui qui se rapproche le plus d'un classique, à défaut d'en être un, c'est sur Number 3 on the Phone qu'il faudrait se pencher.

Ce disque, pourtant n'a pas été conçu pour conquérir le monde. A l'origine, ce n'était qu'un bête CD-R sorti à 300 unités sur le propre label d'Awolrus, auquel les Allemands de VinylKings ont offert une seconde vie sur vinyle, avant qu'Alpha Pup ne le réédite à son tour en format numérique. Malgré la présence de petits hits dignes de l'album précédent (le latinisant "Decompose"), Number 3 on the Phone se montrait plus calme et plus laid-back que Souldoubt, en retrait, moins immédiat, avec par exemple le finale jazzy de "Suck My Brain" ou le remix de "Wild is the Wind" interprétée par une inconnue à la voix de velours.

Cependant, sur une production signée Daddy Kev et oscillant entre le passable (cet ennuyeux "Zygote") et le très bon (les titres déjà cités), on y retrouve le meilleur d'Awol One : cette personnalité duale capable de rodomontades contre les mauvais ("Idiot Breath") comme d'auto-dénigrement ; ce rap tantôt clair et direct, tantôt marmonnant, moins sûr de lui. Surtout, et contrairement aux autres sorties du rappeur, Number 3 on the Phone limite les déchets, il est construit avec le soin d'un véritable album, cultivant le bon goût jusqu'à se clore par l'une des chansons les plus magnifiques d'Awol One, l'un des sommets de son oeuvre, à savoir "Carnage Asada", son piano voluptueux, cette longue divagation sur un amour déçu, chantonnée dans un état second.

"If I die without having a Grammy, or if I never be on TRL, that's OK, I know who I am, and my friends and my fans", prophétisait Awol One sur ce disque. En effet, contre toute apparence, le rappeur n'exploserait pas au grand jour, il demeurerait un artiste culte. Il n'élargirait jamais la palette de ces fans qui, seuls, savent encore chérir ce Number 3 on the Phone et y apprécier un rappeur alors au faite de son talent.