EPIC - Aging is What Friends Do Together
Par codotusylv le mardi 10 juin 2008, 22:31 - Hip-Hop - Lien permanent
Epic change de label mais son rap reste inchangé : faussement naïf, porté sur l'auto-dérision, d'un humour décalé. Et seule l'accumulation de producteurs au détriment de l'habituel soso empêche ce troisième album de l'atypique rappeur canadien d'être l'égal des précédents.

Clothes Horse :: 2005 :: acheter ce disque
Tout Epic est résumé dans ce titre ironique et doux-amer. Sur ce premier album solo depuis quatre ans, et bien qu'il ait changé de label, délaissant Clothes Horse pour ses compatriotes de Hand'Solo, le plus atypique des rappeurs canadiens est égal à lui-même : faussement naïf, porté sur l'auto-dérision et adepte d'un humour décalé. Sur Aging is What Friends Do Together, le MC grisonnant révèle son admiration pour un hockeyeur dont il ne sait plus trop s'il est russe, tchèque ou slovaque ("Ah Hemsky"), il ne désespère pas de devenir un rappeur crédible, même s'il habite dans un patelin, qu'il porte des lunettes ("Walking Around Town") et que ses ambitions musicales ne font pas de lui un séducteur ("Move Home"), et il nous rappelle, en se comparant sur un ton pince-sans-rire à Public Enemy et à Big Daddy Kane, que les plus radicaux des rappeurs dorment eux aussi avec des chemises de nuit ("Sleeping Shirts").
Avec cet éternel numéro de clown triste, avec ce statut de MC blanc perdu au fin fond des prairies canadiennes, avec ces cheveux poivre-sel qui trahissent son âge déraisonnable, cette voix timide qui paraît bien terne après le déchainement verbal d'un Bleubird ("Music Appreciation II") et cette prédilection pour les boucles de guitare, certains, ceux qui ne viennent pas du rap, qu'ils l'apprécient ou qu'ils le snobbent, ont pu penser à tort qu'Epic n'avait pas grand chose de hip hop. Mais cela est faux, mensonger, à côté de la plaque. Tout décalé qu'il soit, il respecte scrupuleusement les canons du genre, ses références en viennent exclusivement. Il joue et se joue des clichés du genre à coup de "bitch" et de "gun", il salue ses homies, il rend hommage à sa scène locale ("The City"), et il s'emploie une bonne fois pour toutes à rappeler sa filiation unique sur "I Only Like Rap", une mise au point qu'il s'emploie à conclure par un définitif "Fuck Radiohead, this is Epic, I don't rock, I rap!!".
C'est le même Epic que sur les deux albums précédents. Mais les sons, eux, paraissent moins convaincants, moins consistants, du fait sans doute du grand nombre de beatmakers conviés par le Canadien sur ce nouveau disque. Soso produit encore le tiers des titres, mais Maki, Kutdown, Kils, Factor, Variax, Mattr et le français Roma se pressent également aux manettes. La formule est conforme au style habituel du rappeur. Comme dit plus haut, les guitares ont la part belle et le rythme reste globalement indolent, tout comme avant. Toutefois, contrairement aux sorties précédentes, domine sur cet album une impression de facilité, une absence de solidité, dues peut-être au retrait de soso (il y aurait d'ailleurs de l'eau dans le gaz entre les deux compères...), même si un Factor ou un Maki ne déméritent pas. Pour cette raison, sans doute faudra-t-il goûter d'abord à Local Only et à 8:30 in Newfoundland pour se faire à Epic. Mais pour ceux qui ne sont plus à convaincre, Aging is What Friends Do Together compensera ces quatre longues années d'attente.
Commentaires
Ales Hemsky, des Edmonton Oilers, est tchèque.
et Epic, n'est pas si vieux, il a juste une maladie à la con.