Anticon :: 2000 :: acheter ce disque

"I'm afraid we'll have to innovate", déclarait Dose One sur "It's Them", l'un des titres les plus remarquables de Music for the Advancement of Hip Hop, compilation manifeste du label Anticon sortie en 1999. Et ce n'était pas un vain mot. La pochette à l'esthétique très heavy metal de leur premier album, une compilation de travaux conçus à la fin des années 90, donnait le ton. Il était évident que les futurs Themselves ne donneraient pas dans un rap habituel. Mieux que quiconque, les deux compères s'employeraient à pousser les vieux murs et les meubles encombrants qui embarrassaient le hip hop pour lui faire subir des contorsions inédites.

D'abord, il y avait les raps de Dose One, fantasques et abscons, poésie abstraite mais évocatrice déclamée avec la voix nasale d'un homme-enfant possédé et sur un phrasé virevoltant. S'ajoutait à cela le travail de Jel, parfois épaulé par Moodswing9, par J. Rawls et par les cuts de Mr. Dibbs. A l'aide de sa seule SP1200, le beatmaker livrait une suite de sons rêches et abrasifs, agrémentés de phases plus catchy (ah, le gimmick et les lalala éthérés du single "Joyful Toy of a 1001 Faces"...). A l'avenant du flow et des paroles imprévisible du MC, le producteur s'émancipait de la dictature de la boucle, il multipliait les ruptures, les cassures, et les changements d'ambiance. Et le plus fort dans tout cela, c'est que pour toute personne aux idées larges et aux oreilles grandes ouvertes, cela marchait, cela parfois était même jouissif.

Sur la longueur de tout un disque, et bien mieux qu'Alias ou Sole, ceux qui s'appelaient encore Them (le nom Themselves ne viendrait qu'avec le second album, puis avec la réédition du premier en 2003) donnait corps à la volonté affichée par Anticon avec les titres ronflants et ironiques de ses compilations : ils oeuvraient pour l'avancement du hip hop, l'emportant avec succès dans des sphères qui lui étaient auparavant inconnues, insoupçonnées ou interdites.