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SOSO - Discographie Commentée

, 22:45 - Lien permanent

A l’origine, soso n’était qu’un des multiples rappeurs blancs du gouffre apparus avec la vague rap indé post-Anticon des années 2000. Mais dès son premier EP, un inégal Sour Suite, perçait un style singulier que le Canadien n’aura cessé d’affirmer et de confirmer par la suite.

Nous étions en l’an 2000. C’était l’époque de la bulle Internet et l’âge d’or du rap de nerd. Dans la foulée du label Anticon, apparaissaient sur le Web toute une myriade de rappeurs blancs amateurs. La recette de base, c’était soit du rap "conscient" et intello, soit ces paroles introspectives dont Slug d’Atmosphere était devenu à son corps défendant le grand inspirateur, le tout agrémenté de beats finalement assez conformistes malgré la noirceur et les bizarreries électroniques d’usage. Pour tous ces gens, le média phare était un webzine bien sûr, et il s’appelait Hip Hop Infinity. La majorité des artistes défendus sur ses pages étaient mauvais et maladroits, ce qui ridiculisait le ton souvent professoral des articles. Mais quelquefois, le magazine savait dénicher tel ou tel rappeur du gouffre dont le talent l'extirpait du brouet.

A la fois rappeur et producteur, soso (le pseudonyme s’écrit usuellement sans majuscule) fut de cela. A prime abord, pourtant, rien ne distinguait Troy Gronsdahl de ses pairs. Issu de l’improbable scène rap de Saskatoon, au milieu des prairies canadiennes, le bonhomme penchait lui aussi vers la confession et l’intimisme, ses beats étaient sombres et tristounets, il avait une bonne tête de blanc-bec, et bien sûr, il semblait ne devoir exister que sur Internet. Il allait d’ailleurs y monter une boutique (Phonographique), y côtoyer les gens d’un autre webzine dédié à ce genre de musique (Underground Sounds Magazine) et y gérer un label avec d’autres rappeurs de son espèce (Clothes Horse Records).

Cependant, soso a su faire preuve d’intelligence et de personnalité. Parlées plus que rappées, ses paroles sont graves et intimes, elles évoquent la mort, l’avortement et l’alcoolisme, mais elles ne versent jamais ni dans la pédanterie, ni dans le ridicule, même si elles les frôlent parfois dangereusement. Et si sa musique reste formellement du rap avec ses boucles, ses rythmes heurtés et ses scratches, elle prolonge de façon convaincante la beauté sèche et concise d’un certain folk canadien de par son dépouillement, son épure et ses nombreux sons de guitare acoustique, elle invente un nouveau style plutôt que d’abâtardir encore un genre ancré dans les musiques noires.

SOSO - Sour Suite (2000)

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Le premier EP de soso aurait pu ne jamais se distinguer de la vague des Internet MC’s arty qui sévissaient autour de l'an 2000, car tout n’y est pas bon. La musique s’y étire parfois jusqu’à l’ennui, le ton est souvent lourd et sentencieux, par exemple sur "Blessed", un hommage au père tel qu'Atmosphere avait pu le faire trois ans avant sur "Caved In". Mais déjà, par exemple sur "Drink", s’entendent ce dépouillement éloquent et cette justesse de ton qui domineront sur les sorties futures.

EPIC – 8:30 in Newfoundland (2001)

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Sur cet album, soso ne rappe pas. Il se contente d’offrir ses sons à Epic, l’autre rappeur du label Clothes Horse. Ce dernier a beau avoir un profil encore moins hip hop que son producteur, il a beau jouer le clown triste ou le chien battu, son phrasé, ses facéties et son sens de l’autodérision se rapprochent davantage du rap habituel que le spoken word de soso. Cependant, les beats toujours aussi lents, nus et minimaux du producteur s’adaptent autant à la fausse ingénuité d’Epic qu'à ses propres paroles. Avec ce premier véritable album, les deux compères des prairies canadiennes deviennent définitivement des artistes à surveiller de près.

SOSO - Birthday Songs (2002)

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Avec cette deuxième sortie sous son nom, soso confirme. Les beats atteignent des sommets de dépouillement (une seule note quasiment sur "For Ruby"), l’artiste livre son premier finale d’anthologie ("We always Thought she'd be the First to Go"), le thème principal est la mort, et son spoken word est plus affecté. Mais soso n’oublie pas de relativiser toute cette noirceur par un brin d’autodérision (un "Dyke Look" hors-propos). Un premier must-have.

SOSO - Birthday Songs (2006)

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La première version de Birthday Songs étant épuisée, il est conseillé de se tourner vers la réédition du label japonais Hue, supérieure encore à l’originale de par l’ajout de deux très bons titres presque inédits.

EPIC – Local Only (2004)

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Le deuxième soso était supérieur au précédent. Il en est de même du second album d’Epic. Formellement très proche de 8:30 in Newfoundland, Local Only est plus abouti, tant dans les raps pince-sans-rire du MC quadragénaire, que par les beats sur l’os de soso, secondé cette fois par quelques autres producteurs. Assurément, l’un des trois ou quatre indispensables de Clothes Horse Records.

SOSO - Tenth Street & Clarence (2005)

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Si ses quelques fans français se chamaillent régulièrement pour déterminer lequel de Birthday Songs ou de Tenth Street & Clarence est le meilleur album de soso, c’est tout simplement que les deux sont de niveau équivalent. Avec ce disque sorti trois ans après le précédent, le beatmaker a pris soin de peaufiner les instrumentaux, construisant de véritables soundscapes pour habiller ces paroles qui mettent en scène une vie triviale et dépressive dans le Grand Nord canadien. S’il n’est le meilleur, ce disque est au moins le plus soigné de soso.

RECYCLONE & SOSO - Stagnation and Woe (2006)

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En 2006, pendant qu’Epic s’acoquine avec le Belge Nomad, soso produit le nouvel album de Recyclone, semi-légende du rap canadien issu de la scène d’Halifax. Cette fois, pour offrir aux raps hallucinés, pessimistes et apocalyptiques de ce nouveau collaborateur les sons de circonstance, soso rend ses beats plus abrasifs et dérangeants que par le passé. Le résultat est inégal, mais quelques pièces d’anthologie comme "Gearbox Therapy" valent une fois de plus le détour.

SOSO - Bachelor’s Drinking Club (2007)

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Avec ce DVD, le rappeur dévoile son visage le temps de quelques extraits live en compagnie du rockeur Maybe Smith. Naturellement, tout cela est un peu statique. Avec sa musique minimaliste et introspective, soso est à écouter le soir dans sa chambre plutôt qu’à découvrir sur scène. Cependant, ce dernier a eu la bonne idée d’agrémenter ce court film par le clip du magnifique "Hungover for Three Days Straight" et par des extraits de concerts d’autres artistes moins réservés, comme Pip Skid, Gruf, Bleubird et l’inénarrable Thesis Sahib.

SOSO - Tinfoil on the Windows (2007)

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Soso change la formule de ses deux précédents albums. Avec ce disque ambitieux, le premier à sortir ailleurs que sur son propre label, il s’offre un accompagnement rock. Le talent de soso est intact, ses paroles et son ton demeurent les mêmes, mais ils se perdent dans les méandres des guitares de Maybe Smith, à tel point qu’on regrette les beats dépouillés d’avant. L’album dévoile cependant de nouvelles pièces de choix comme "Company of Chairs", "One Eye Open" et "For a Girl on a Faraway Hill".

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Commentaires

1. Le vendredi 28 décembre 2007, 00:43 par Damien

Exercice intéressant. Même si - pour le coup - je me fous de soso.

2. Le vendredi 28 décembre 2007, 11:24 par geL-

Oui bonne initiative, d'ailleurs ça me donne envie de réecouter les anciens et le Recyclone & soso (album que j'ai le moins écouté de CHR).

Je m'y mets de suite tiens.

3. Le vendredi 28 décembre 2007, 11:44 par codotusylv

Je compte faire de plus en plus ce genre d'articles, maintenant que ce site a 10 ans et qu'il a tout le background nécessaire.

Quand au fait de se foutre de soso, eh bien, que dire ? Que ça va avec le fait de préférer Situation à Secret House Against the World en fait.

4. Le vendredi 28 décembre 2007, 13:09 par Damien

Je vais réécouter Secret House.
Mais tu me parles pas comme ça.

5. Le samedi 5 janvier 2008, 21:10 par Christian

Bonne idée de faire des discographies sélectives comme celle ci.
Soso est un des premiers artistes à m'avoir permis d'écouter du rap, après le Wu Tang. (Oui, je sais Damien, rien à voir !).
Par contre, cliquer sur lien "Acheter" de Sour Suite ne me permet toujours pas de trouver ce disque...

6. Le samedi 5 janvier 2008, 22:35 par codotusylv

En fait, Sour Suite n'existe plus en dur. Je crois cependant me souvenir que soso l'a mis à disposition en téléchargement gratuit, mais je ne me souviens plus de l'endroit.

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