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PHILIPPE ROBERT - Rock, Pop

, 22:03 - Lien permanent

Ce livre du critique rock Philippe Robert sort au bon moment. En ces années 2000 où Internet, le peer-to-peer et la baisse du prix des disques encouragent toutes les boulimies musicales, et alors que l’avenir du CD semble se limiter aux rééditions "de luxe", les amateurs de musique semblent vouloir creuser toujours plus profond et se lancer dans une quête perpétuelle des lost classics. Les incontournables d’antan ne suffisent plus. Aux disques des Beatles, de Bob Dylan, de Led Zeppelin ou du Clash, plus que jamais accessibles, il faut en ajouter d’autres. Maintenant que n’importe quel quidam peut se procurer en quelques mois des centaines d’albums, paraissent à grand tirage des guides qui vous recommandent 100, 200 ou même 1000 disques indispensables, incontournables, à écouter absolument.

PHILIPPE ROBERT - Rock, Pop

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Le livre de Philippe Robert satisfait la même fringale de disques, en en faisant découvrir 140 de plus (sans compter d’autres, encore plus nombreux, cités en fin d’articles). Ce qui est capital, toutefois, avec cette énième liste, ce n’est pas cette nouvelle surenchère, mais la façon dont elle est présentée. Ce que Philippe Robert propose, en effet, est une sélection alternative, un itinéraire bis, comme il le nomme, un choix d'albums qualifiés d’essentiels plutôt que de classiques, et contextualisés à chaque fois par un article d’une page. La part belle est faite aux disques maudits, à ceux qui n’ont pas pu intégrer les listes habituelles parce que sortis trop tôt ou trop tard, parce que le label ou le groupe a flanché au moment de leur sortie, parce que d’autres leur ont fait de l’ombre, parce qu’ils n’ont bénéficié d’aucune publicité, d’aucun effort promotionnel digne de son nom.

Le spectre couvert est large. Se retrouvent dans le livre des albums déjà considérés comme classiques, même si ce n’est pas par tous les cercles (le Rock Bottom de Robert Wyatt, le Remain in Light des Talking Heads), les solos de chanteurs ayant appartenu à des groupes à succès (le No Other de Gene Clark, le Madcap Laughs de Syd Barrett), les disques méconnus ou mal aimés d’artistes célébres (le Bone Machine de Tom Waits, le Metal Machine Music de Lou Reed, le Sandinista du Clash), d’autres qui ont bénéficié d’un regain d’intérêt au moment de leur réédition (le Odessey and Oracle des Zombies, le Just Another Diamond Day de Vashti Bunyan). A côté de ces disques, plutôt connus ou reconnus tout de même, d’autres galettes vraiment obscures sont citées, même si Philippe Robert a voulu rester accessible, en ne choisissant que des disques réédités en CD.

Question genres et époques, en revanche, c’est plus circonscrit. D’abord, Philippe Robert s’est limité au rock, à la pop et au folk, réservant les autres genres à de futurs ouvrages. Ensuite, il se concentre pour l'essentiel sur une époque (la jonction des années 60 et 70) et sur des musiques (le folk rock anglais, le rock progressif, celles remplies d'arrangements riches et subtils) assez délimitées. Les disques plus récents qu’il présente font eux aussi écho à son époque et à ses genres de prédilection. Itinéraire Bis, en fait, apporte la preuve que l’on reste à jamais prisonnier de la musique de son époque, de celle à laquelle on a été biberonnée, quelle que soit son érudition, fut-elle celle d’un Philippe Robert.

L’ensemble est bien présenté. Il fait bon se promener parmi ces 140 descriptions. Seule la préface de l’ami et collègue des Inrockuptibles, Gilles Tordjman, pose problème, avec cette pédanterie qui a longtemps desservi le célèbre magazine, même à l’époque où il était encore pertinent ("Choral du Veilleur", j’vous jure…). Et quelquefois, la plume de Philippe Robert s’égare dans des phrases trop longues, dans des apartés trop fréquents, oubliant qu’il vaut toujours mieux qu’un journaliste s’efface devant son objet, même (et surtout) s’il sait bien écrire. Mais ce sont là de bien maigres reproches, les seuls à lui faire (hormis une petite erreur dans l’article sur le Spiderland de Slint, où Millions Now Living Will Never Die est présenté à tort comme le premier disque de Tortoise). Et puis, en posant le postulat de la subjectivité, en précisant d'entrée que cette liste n’est pas imposée, qu’elle n’est que proposée, Philippe Robert désamorce à l’avance toute critique.

Dès lors, il n’y a plus qu’à réagir en fonction de son propre bagage musical, à se réjouir comme votre serviteur de voir apparaître ici certains de ses chouchous (le Odessey & Oracles des Zombies, le No Other de Gene Clark, le RAM de Paul et Linda McCartney, le Electric Warrior de T-Rex ou le Parallelograms de Linda Perhacs), à considérer, à tort ou à raison, qu’importe, que d’autres sont davantage des curiosités que de vrais bons albums (le Philosophy of the World des Shaggs, le premier Silver Apples). Et surtout, surtout, à découvrir ou à redécouvrir de nouveaux disques. En bref, à nourrir jusqu’à l’indigestion cette quête insatiable de son dont il était question plus tôt. Comme avec tous les autres guides en fait.

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