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SOLE, SKYRIDER, ABRAXXAS - Glaz'Art - 4 decembre 2007

, 22:03 - Lien permanent

Il y a quelques temps, ici même, nous vantions en l’album de Skyrider un disque prometteur. Mais depuis cette première sortie, le beatmaker floridien a fait son bonhomme de chemin : transformé en trio, c’est chez Anticon et avec le patron même du label qu’il nous est revenu cette année. Ce premier concert parisien de Sole sous cette nouvelle formule était l’occasion idéale de juger sur pièce si l’alliance était concluante.

Mais avant que le rappeur et ses trois musiciens ne prennent place sur la scène du Glaz’art pour cette dixième édition des immanquables soirées Növö Hip Hop, il faut bien sacrifier aux règles d’usage et laisser s’exprimer quelqu’un du cru. Comme Anticon s’est affirmé comme un label hip hop pas comme les autres, il fallait nécessairement que l’invité, un rappeur local, se distingue lui aussi de ses confrères. Et son signe de distinction à lui, ce sont les sons électroniques qui accompagnent ses raps. Le dénommé Abraxxas et son compère proposent des beats technoïdes étrennés dans les free parties et qui invitent à sautiller un peu partout. Malheureusement, par-dessus, c’est toujours du rap français. Et un titre sur les joints, et un autre sur le plaisir d’être en soirée, avec des rimes de la mort qui font rimer "iPod" et "Antipode". C’est "sympa", c’est entraînant, c’est hédoniste. Voilà ce que l'on peut dire. Mais c’est à peu près les seuls adjectifs favorables qu’on arrivera à trouver.

Comme souvent quand des artistes anglo-saxons succèdent à un rappeur français, le contraste est cruel. Les trois de Skyrider prennent le contrepied total de leur prédécesseur avec leurs longues plages instrumentales calmes et sophistiquées. Plus personne ne saute, ne crie ou ne brandit le poing pendant que s’activent les trois hommes, l’un à la batterie, le second aux machines et un troisième, multi-instrumentiste au visage juvénile, au violon, à la guitare ou au clavier. Indéniablement, tout cela est joli et donne envie d’être écouté sur disque. Dans un premier temps, le public est conquis, même s'il reste très sage et silencieux. Mais après, l’exercice se prêtant finalement peu à la scène, il ennuie et il s’éternise, au point que c’est presque avec soulagement que Sole entre en piste, après avoir assisté en spectateur à la prestation.

Que les choses soient claires : Sole a toujours été un piètre MC. Ses raps urgents et monocordes, ces longues tirades déclamées à la manière d'un asthmatique qui combattrait une pneumonie, n’ont jamais fait que pourrir ses disques, malgré des beats régulièrement au-dessus de la moyenne. Si le patron d’Anticon est quelqu’un de précieux, c’est pour son oreille, pour le choix de ses producteurs, pour ses capacités fédératrices et pour ce qu’il a fait de son label. Sûrement pas pour son œuvre de rappeur. Et cela se vérifie encore ce soir sur scène : avec son physique à jouer dans Grandaddy, notre gros rouquin barbu est un MC sans charisme. Sa voix éraillée est basse et monotone. Même amplifiée, elle est parfois couverte par la musique. Le jeu de scène de ce corps suant et mouvant est quasi inexistant. Sole cherche à se donner, mais atteint rapidement ses limites. Et au bout d’un moment, pour réveiller la salle, il lui faut revenir au répertoire de Selling Live Water, son album qui a le mieux marché, et oublier quelques temps les titres de son disque avec Skyrider.

Heureusement, il y a cette musique qui, justement parce qu’elle n’est plus hip hop, précisément parce qu’elle est plus sophistiquée, habille davantage le rappeur et compense ses carences vocales. Même si sur scène, le charisme fait cruellement défaut, elle donne envie d’être découverte sur disque. Ce soir, la mission est donc à moitié réussie : si Sole et ses nouveaux amis ne sont pas parvenus à enflammer la salle, ils ont suscité la curiosité et donné envie de se pencher chez soi et de manière posée sur leurs derniers travaux.

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