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IMMIGRATE US - Our Own Nostalgia

, 21:20 - Lien permanent

Un autre de ces disques rap intéressants en provenance du Japon. Oh, pas un chef d’œuvre, comme ce pays a su en révéler ces dernières années. Mais assez de preuves de talent pour vouloir suivre ce trio de près.

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Depuis que le hip hop a conquis la planète, il est devenu intéressant d’observer comment chaque pays se l’est approprié. Si certains, la France en premier lieu, n’ont longtemps fait que singer le modèle américain, à la manière d’une vague yéyé d’un nouveau genre, d’autres l’ont réinventé à leur propre sauce, sans se contenter, réflexe de feignant, de mélanger le rap à leurs propres musiques locales. L’un des pionniers de ces déclinaisons originales du hip hop est sans conteste le Japon. Même s’il a lui aussi son contingent de vils copieurs, le pays des groupies et du clonage musical a fait connaître assez tôt une vision propre et personnelle du rap. Le succès critique de DJ Krush, c’était il y a déjà plus de dix ans. Et depuis, d’autres artistes nippons se sont engouffrés dans la brèche ouverte par ce père de l’abstract hip hop, dont certains comme Tha Blue Herb, ou plus récemment la fantasque Rumi, ont fait à plusieurs reprises l’objet d’articles élogieux sur nos pages.

Mais nous n’avons encore jamais parlé des trois d’Immigrate Us. C’est pourtant par des gens connus des amateurs de hip hop indé, à savoir Ancient Mith, le rappeur du Colorado, que nous ont été révélés les beatmakers Aki et Authentic, ainsi que le MC et producteur Nejel Mongrel. Our Own Nostalgia le premier album du trio, est une sorte de chaînon manquant entre l’indie rap nord-américain apprécié par ici et le hip hop instrumental tendant vers l’électronique où excellent certains Japonais. Ce grand écart se traduit par un long disque très éclectique, décousu même, avec sa succession d’instrumentaux froids ou jazzy ("Dublin’s Avenue"), agrémentés ou non de turntablism, et de raps en japonais ou en anglais interprétés par Nejel Mongrel lui-même et par quelques invités.

Cet album aux faux airs de compilation, ce grand patchwork vite assemblé, manque effroyablement de constance et de liant. Une bonne partie des titres, les instrumentaux surtout, font un peu tapisserie ("Time to Flow and a Piano", "Secret Passage", "Apocalyptic Warmth", "A Trip to the Universe"). Et un freestyle comme celui qui s’étend sur la neuvième plage sur près de 7 minutes trouve rapidement ses limites quand on n’en comprend pas le sens. Mais hors du ventre mou de l’album, certaines autres plages prouvent que ces trois Japonais ne sont tout de même pas quantité négligeable. Parmi ces réussites, on compte un "Schizo Tears" à l’énergie très rock, l'instrumental classieux de "Emeral Forest" ou ce "Muteki" au son électronique obsédant et hypnotique. Oh bien sûr, cela ne suffit pas à faire de cet Our Own Nostalgia un disque mémorable, mais c’est bien assez pour vouloir suivre de près toute autre sortie de ces trois Japonais.

PS : merci à Newton dont la chronique du même disque sur Hip Hop Core m’a incité à m’y pencher.

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