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COMPILATION - Big Apple Rappin'

, 21:30 - Lien permanent

La musique électronique du tournant des 80’s et des 90’s a presque davantage à voir avec le hip hop des origines que le rap des mêmes années. Cette précieuse compilation de longs titres terriblement dansants issus du rap new-yorkais primitif en est un parfait rappel.

Soul Jazz Records :: 2006 :: acheter ce disque

Il existe plusieurs types de compilations. Certaines cherchent à faire découvrir des scènes et des perles méconnues, qu’elles soient récentes façon C86 en 1986 ou Project Blowed en 1995, ou qu’elles soient anciennes à la manière des Nuggets. Mais d’autres ont une valeur surtout documentaire. Le précieux Big Apple Rappin’ édité en 2006, appartient surtout à la seconde catégorie. Certes, cette collection de titres rap rares du New-York des années 79 à 82 est de grande qualité et respecte son quota de petits hits craquants, comme le "Sure Shot" très funky de Xanadu. Mais la vertu de ce disque et de son livret très documenté est avant tout de resituer la naissance du hip hop dans son contexte historique. Même si l’imaginaire rap est aujourd’hui assez puissant et présent pour que tout un chacun sache vaguement à quoi ressemblait le hip hop de l'époque, cette compilation rappelle quelques données fondamentales et balaye un certain nombre de clichés persistants.

Premier rappel aux rabat-joies qui considèrent encore que le hip hop doit revenir à ses fondamentaux en élevant les consciences noires, ceux-là même qui méprisent les "party rhymes" et les atours clinquants d’un certain nombre de MC’s contemporains : avant "The Message" et Public Enemy, le rap se fichait bien du contenu politique et social des paroles. Comme l'indiquent les termes mêmes de DJ et de MC, le hip hop est au départ une musique de danse, une disco des ghettos voué à un usage ludique. La quasi-totalité de ces titres issus du New-York rap des débuts sont de longues rengaines groovy faite du même funk discoïde que celui qui enflammait les dancefloors de l’époque. Quant aux paroles, ce ne sont que des invitations à danser, des relances qui nous exhortent à goûter la musique irrésistible qui les accompagnent (le "Catch the Beat" de T-Ski Valley, le "Funbox Party" du Masterdon Committee), comme le font aussi quelques handclaps et onomatopées (le "Dancing Heart" d’Universal Two).

De fait, dans ce genre balbutiant dont les racines puisent massivement dans le funk, sinon dans le reggae et dans le dub (cf. le "Rapping Dub Style" de General Echo) et où les femmes (Xanadu, The Collective Effort, Universal Two, The Jamaica Girls) prennent autant de part que les hommes, s’entendent autant les longues compositions hypnotiques de la house, de la techno ou de la gogo à venir, que celles du rap contemporain fidèle au traditionnel format couplet/refrain, via la chronique sociale et le storytelling. Même si le phrasé et plusieurs gimmicks vocaux (ces "and you don’t stop", ces "throw your hands in the air") sont restés indissociables du genre, la majeure partie du hip hop joué de nos jours, et en France plus qu’ailleurs, n’a plus grand-chose à voir avec celui des origines. Cela pourrait même être un autre genre, ne partageant le même nom qu'en mémoire d’une lointaine filiation.

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