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TTC - 3615 TTC

, 20:40 - Lien permanent

Certains fans de la première heure n'aiment pas. Pourtant, 3615 est l'œuvre la plus aboutie, la plus personnelle et la moins mensongère de ce manifeste culturel qu'est TTC, de ce groupe au-delà de la musique.

Big Dada :: 2007 :: 3515ttc.com :: acheter ce disque

Puisqu'il est grandement question de régression dans l'enfance avec le dernier TTC, parlons de quand j'étais gosse. Quand j'étais gosse, donc, je mentais honteusement dans mes rédactions pour m’assurer une bonne note, j'y mettais ce que voulait y voir la maîtresse, cyniquement. Ca marchait tellement bien que le jour où j'ai voulu écrire pour de bon ce qui me tenait à cœur, dans un style maladroit je suppose, je me suis pris un beau gadin, l'une des pires notes de ma vie d'écolier. Hé bien c'est précisément ce qui est arrivé à TTC sur ce nouveau disque qui semble avoir déplu aux fans. Car sur ce troisième album, jamais le trio devenu quartet (ou sextet) n'a été autant lui-même, jamais il n'a été aussi honnête.

Le groupe avait prévenu. Pour négocier la transition et l’abandon des derniers masques, Tekilatex avait repris à son compte le discours éculé sur la "vraie" pop music, celle qui serait populaire pour de vrai. Journaliste et critique à la base, le leader du groupe a toujours su manier la rhétorique. Il sait argumenter, il sait légitimer ses partis pris. Le seul problème, c'est que quel que soit le discours de TTC, celui d'aujourd'hui ou celui du temps où le groupe se voulait une réponse française à la vague rap indé, il est invariablement desservi par ses sons. A quelques coups d’éclat près ("Game Over 99", des passages du premier album et le disque de L'Armée des 12), la musique n'a jamais été le fort du groupe.

TTC, c'est une maîtrise parfaite du grand cirque rock'n'roll, c'est une imagerie, une attitude, un discours, des fringues, une tribu, une forte capacité d'entraînement, avec un son à l’avenant : excessif, ampoulé, exagéré, rococo. TTC, c'est avant tout un manifeste, une esthétique. C'est à ce titre qu'il peut prétendre être un groupe fondamental de la scène d’ici, rap et au-delà. Mais, hormis par accident, comme tant d’autres groupes français, ça n'a jamais été de la musique. Aujourd’hui que le groupe a la notoriété qui lui permet de faire vraiment ce qu’il souhaite, il s’autorise ce luxe ultime : sortir un disque qui soit le véhicule des fantasmes les plus personnels de Teki et de ses acolytes, la traduction sur CD d’un monde imaginaire fait de couleurs criardes et de toc, de rétro-futurisme 80’s, de filles faciles et d’arrogance adolescente.

Et il n’y a pas de quoi être horrifié ou jouer les vierges effarouchées. Tout cela n'est pas nouveau chez TTC. C’est juste plus assumé et plus direct sur ce nouvel album. "On est un mouvement beaucoup plus que juste des artistes", déclare Tekila sur "Ambition". C’est tout autant un aveu d’impuissance que de la morgue, certes, mais c'est très juste, comme l'ensemble des déclarations de ce titre manifeste, d'ailleurs. Car à vrai dire, jamais les gens de TTC n'ont été aussi francs, jamais ils n'ont été autant eux-mêmes que sur ce disque.

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