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DALEK - From Filthy Tongue of Gods & Griots

, 21:52 - Lien permanent

Le deuxième album du groupe de Newark, le premier visible dans nos contrées, n’est pas le meilleur de sa discographie. Il ne permettait pas de trancher, d’être sûr et certain qu’on tenait là le grand groupe de rap industriel attendu à cette époque où explosait le hip hop des marges. Mais déjà, pourtant, tout Dälek était là.

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En 2002, quand From Filthy Tongue of Gods & Griots sortit, Dälek fut systématiquement comparé à d’autres artistes hip hop qui sévissaient au même moment, à commencer par Antipop Consortium, Def Jux et Anticon, sainte trinité du rap des marges citée à tout bout de champ par ceux qui, il y a cinq ans comme aujourd’hui, s’y connaissaient si peu. C’est que les points communs étaient nombreux : influences inhabituelles pour un groupe de hip hop (Faust, My Bloody Valentine…), revendication de l’héritage rap mais dépassement des formats habituels, escapades dans la musique électronique, public et feeling rock, références savantes (Kant, par exemple, sur ce disque), etc. Cependant, on connaît peu de liens véritables entre le groupe de Newark et les artistes phares de la vague rap indé. Et le son que Dälek proposait sur ce disque était et est resté unique, singulier, reconnaissable entre dix mille.

Ce n’était pourtant pas le premier album que proposait le trio formé par le beatmaker Oktopus, le DJ Still et le MC dälek (à écrire avec une minuscule pour différencier son nom de celui de son groupe). Sa carrière avait commencé quatre ans plus tôt avec Negro Necro Nekros, un disque bien accueilli par les critiques qui avaient eu la chance de le découvrir, ce qui lui avait valu d’être cité par le magazine Urb comme un probable "next big thing" et, in fine, d’être signé sur Ipecac. Mais c’est par cette première sortie sur le label de Mike Patton que le groupe allait sortir de la confidentialité. Derrière ce nom barbare, qui ne se prononce d’ailleurs pas comme il s’écrit (il faut dire "dialect", à l’anglaise), se cachait une musique qui ne l’était pas moins. Avec ses rythmes lents et puissants, ses scratches lourds, sa puissance sonore, ses nappes opaques, son électronique roborative construite comme une terrible mélopée, Dälek faisait connaître le rap industriel, le vrai, celui qui ferait honneur à Throbbing Gristle et aux groupes de rock les plus radicaux des années 80. A l’opposé, le phrasé du MC sonnait assez traditionnel. Mais ces phrases insistantes, ce débit monolithique, ce rap parlé hostile aux pirouettes stylistiques, épousaient au mieux la musique.

From Filthy Tongue of Gods & Griots imposait un style inédit. Mais il ne permettait pas encore de trancher, de savoir à coup sûr si les gens de Dälek étaient des imposteurs ou des génies. Il y avait encore trop de bruit, trop d’effets, trop de morceaux où le groupe semblait se contenter de taper le plus fort possible et de jouer du crescendo, pour pouvoir en tirer un jugement définitif. Quelques unes des épices dont Oktopus parsèmait sa musique (par exemple, les tablas sur "Trampled Brethren") sentaient le cliché et le déjà entendu et quelques plats se révélaient plutôt indigeste (le long "Black Smoke Rises", son ambiant bruitiste et ses paroles répétées comme un mantra), Mais quelques titres montraient aussi que ces gens n’étaient pas n’importe qui, comme l’impressionnant "Spiritual Healing" d’ouverture, comme ce somptueux "Forever Close My Eyes" à l’instrumentation très rock, chant de douleur halluciné et psychédélique, comme les nappes et les percussions implacables de "Classical Homicide". Tout cela annonçait ce que prouverait Absence, ce que confirmerait Abandoned Language, ce que démontreraient aussi leurs prestations dévastatrices en concert. A savoir que ce groupe est parfaitement essentiel.

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