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CURSE OV DIALECT - Wooden Tongues

, 21:35 - Lien permanent

Il ne manquait semble-t-il qu’une chose à la musique de Curse Ov Dialect pour approcher la perfection : un peu de concision, de l’ordre dans les idées, de la discipline dans ce hip-hop à voix multiples bourré de samples issus des quatre coins du monde, des chansons à peu près identifiables plutôt que ces sortes de jam sessions rap épuisantes. Or, c’est précisément ce que les Australiens ont réussi sur leur dernier album, le deuxième sur Mush Records, Wooden Tongues. Même s’ils ne sont pas devenus plus sages et moins bavards pour autant.

CURSE OV DIALECT - Wooden Tongues

Mush Records / Differ-Ant :: 2006 :: acheter ce disque

Raceless, Atarungi, August 2, Makedonski et Paso Bionic n’ont pas abandonné leur rap débridé, loin s’en faut. Leur formule, c’est toujours un grand n’importe quoi aux accents world music prononcés, avec des flows qui partent dans tous les sens, un rappeur japonais qui débarque tout à coup d’on-ne-sait-où ("The Potato Master"), des instruments dont nous ignorions l’existence jusqu’ici, avec autant de musiques folkloriques nationales que de morceaux, voire dix fois plus.

Ici, une clarinette et un hautbois viennent relayer une série de "lalas" ("Word Up Forever"), là, une musique lente s’emballe tout à coup avec une guitare et une flûte guillerette, avant que ne surgisse un clavecin ("Forget"). Côté paroles, même chose. Les Australiens se lancent toujours dans de grandes réflexions sur la marche du monde, ils font de la géopolitique à l’emporte-pièce, comme avec cette "Letter to Athens" sur fond de fanfare balkanique, où Vulk Makedonski prend le parti de sa Macédoine d’origine dans sa dispute avec la Grèce.

Cependant, même s’ils sont toujours gavés jusqu’au gosier d’idées farfelues, les titres ont une identité plus marquée que sur Lost in the Real Sky. Des gimmicks employés tout du long des morceaux leur donnent une cohérence plus forte que par le passé, comme par exemple les instruments et le chant arabes de l’excellent "Take Me to the Arab World", le violon enjoué de "Bury Me Slowly" ou la petite valse piquée à Yann Tiersen sur "Broken Feathers", icila plus addictive des plages.

Et puis, cette fois, il n’y a quasiment pas de déchet, c’est réjouissant de bout en bout, à quelques lourdeurs près en fin de parcours comme le rock’n'roll irritant de "Strawberries". Le plat est riche, il peut être dur à avaler, mais il est presque digeste. Wooden Tongues, c’est une promesse tenue. Sans trop y croire, nous attendions de ce groupe singulier, bourré de talents mais indomptable qu’il nous livre sa grande œuvre. Eh bien, à quelques scories près, ça y est : la voilà. Enjoy.

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