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Depuis 1997 : critiques, dossiers, sélections et autres papiers, dédiés au rap (et parfois à d'autres musiques)
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ASTRONAUTALIS - The Mighty Ocean & Nine Dark Theaters

, 14:25 - Lien permanent

Cela faisait un moment qu’un petit buzz montait autour d’Andy Bothwell, alias Astronautalis, annoncé auprès du public indé comme le nouveau héros du folk rap intimiste devenu presque monnaie courante depuis le début des années 2000. Avant même sa sortie mi-2006, The Mighty Ocean & Nine Dark Theaters avait été précédé d’une rumeur favorable. Et il faut reconnaître que le Floridien a en effet très bien préparé les choses pour ce second album. Il l’a chiadé.

ASTRONAUTALIS - The Mighty Ocean & Nine Dark Theaters

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D’abord, il s’est arrogé les services exclusifs du producteur Radical Face (Morr Music, pour situer) qui lui a livré une production aux petits oignons avec tout l’attirail de mise, guitare acoustique, piano, orgue, harmonica, accordéon, mandoline, banjo, et agrémentée comme il se doit de blips, synthés et rythmes sautillants. Ensuite, il a conçu un bel objet avec cette jolie pochette cartonnée accompagnée d’un jeu de 13 petites photographies, une par chanson, avec les paroles au dos. Enfin, les titres en question ont fait l’objet de plus d’un an de travail intensif de la part des deux compères et de quelques autres sollicités à la marge, comme le beatmaker Skyrider. Manifestement, pour faire suite à un You and Yer Good Ideas lo-fi mais prometteur, et qu'il se contentait à l'origine à vendre en marge de ses concerts, Astronautalis était bien décidé à faire œuvre.

Et c’est presque totalement réussi. Entonné avec un phrasé qui parcourt insensiblement l’ensemble de l’espace qui sépare le rap du chant, les morceaux de The Mighty Ocean & Nine Dark Theaters oscillent invariablement entre le joli, au pire, et l’excellent, souvent. Ayant voulu faire de son disque un adieu à l’adolescence, Astronautalis empile les souvenirs de cette période révolue, amour passager mort sur la plage ("Seaweed Shuts", le titre le plus intense du disque), rêves de belles échappées ("Love Song for Gary Numan"), dîner qui tourne mal ("My Dinner With Andy"), perdition dans une ville étouffante ("Down and Out in the Bold New City of the South" et ses trois mouvements), avec un soin particulier porté aux mots. Jamais, par exemple, personne n’avait peaufiné ainsi le récit d’une chute de skate-board ("Short Term Memory Loss").

Pour peu, Astronautalis mériterait le titre de nouveau Buck 65 que certains ont déjà pu lui attribuer. La similitude entre les deux artistes est parfois frappante, sur "Astigmatism", par exemple. Toutefois, les thèmes traités par le Floridien sont plus ciblés et il ne pratique pas l’humour, au moins sur ce disque, tandis que son registre vocal, nourri sans doute par son passé de battle MC, est en revanche plus étendu. Astronautalis a son propre style, il a son propre talent, sa propre voix, et ce second album est l'occasion rêvée de les découvrir.

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Commentaires

1. Le jeudi 10 août 2006, 17:20 par Newton

"sa propre voix" ? Oui alors là non tout de même. C'est du clairement pompé sur le Buck de ces dernières années; on ne peut pas mieux imiter.
Jfe reviens un poil sur ce que j'ai dis sur HHC: cet album est sympathique et se laisse écouter. Mais je n'ai pas trouvé le quasi-génie dont tu l'affubles (pour caricaturer rapidement).

Sinon c'est vrai que le packaging est vraiment bien fait. Mais je préfère me remettre un coup de Ceschi.

2. Le jeudi 10 août 2006, 23:13 par Fake For Real

Je ne vais pas répéter tout ce que j'ai dit à la fin de la chro sur la comparaison avec Buck 65, mais si, c'est différent. Il est nettement plus homogène au niveau des thèmes et des paroles, mais il est beaucoup moins monolithique au niveau du flow / du chant. Sur ce dernier point, Astronautalis est clairement supérieur à notre canadien préféré à tous.

Tu attribues ma circonspection devant Daedelus à ma faible culture jazz. Permets moi d'attribuer ton incompréhension de ce disque d'Astronautalis à ta faible culture folk rock.

3. Le mercredi 16 août 2006, 16:34 par Newton

Il se peut que ce soit une réflexion correcte. D'où l'on observe les limites de la culture: une partie d'elle n'est compréhensible que par les initiés. Mais je me soigne petit à petit.

4. Le lundi 21 août 2006, 20:32 par etienne

Bizarrement, j'aime bien.
Enfin bizarrement, pas tant que ça. C'est pop, mais dans le bon sens du terme, super mélodique et bien arrangée avec un brin de breakbeat pour pas sentir trop coupable. La voix sonne un peu Rich Terfry (effectivement) et les sons clouddead periode 2ème album, mais c'est meilleur que les deux pré-cités.
En plus ça évite bien le côté "malaise donc je vais faire un disque façon consultation psy" peut-être via une démarche sincère. En tout cas j'aime beaucoup. Juste comme ça, il est trouvable en vrai de vrai ? parceque sur fighting records, le store est vide.

5. Le lundi 21 août 2006, 23:06 par Fake For Real

Si si, c'est très facilement disponible. Les deux albums sont disponibles au lien ci-dessus, qui conduit à Amazon.

Sinon, je crois que la pop "malaise donc je vais faire un disque façon consultation psy" dont tu parles relève plus du fantasme qu'autre chose, dans l'absolu.

6. Le mardi 22 août 2006, 11:02 par etienne

non mais là on est d'accord, si ce n'est que pour moi, par essence, la musique est fantasme (mais c'est autre chose). Là, je ne pensais pas à la pop en particulier, mais plus aux musiques complaisantes et pas fines qui se regardent un peu trop et sonnent "du pathos pour du pathos", "de l'expérience sonore pour de l'expérience sonore' etc etc...
Avec Astronautalis, y'a de l'émotion, rien à faire, j'écoute, je suis ému. Et ça, quelque que soit le genre musical, c'est un peu le pourquoi du disque.

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