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ACEYALONE & RJD2 - Magnificent City

, 21:40 - Lien permanent

Icône hip hop usée + producteur surestimé = gros flanc, soufflé, fausse sensation. C'est fort dommage, c’est vrai. Mais c’était joué d’avance.

ACEYALONE & RJD2 - Magnificent City

Decon / Nocturne :: 2006 :: acheter ce disque

Avancez Mesdames et Messieurs. Applaudissez. Réjouissez-vous. Pâmez-vous. Jubilez. Deux génies du hip-hop ont décidé d’œuvrer ensemble pour votre plaisir à tous.

Sauf qu’à bien y regarder, et en fait de génies, qu’est-ce qu’on voit ? On voit une icône de plus en plus décrépie. L’auteur en groupe et en solo de 4 classiques hip hop, un type qui a révolutionné le rap il y a 10 ans, certes. Mais voilà, c’était il y a 10 ans, justement. Et c’est bien là le problème. A ses côtés, on voit aussi le producteur hip hop le plus invraisemblablement surestimé de ces dernières années, un pauvre beatmaker insignifiant qui doit toute sa réputation à l’étiquette Def Jux et à 3 malheureux bons titres placés sur un album qui ressemblait avantageusement à du DJ Shadow. RJD2 aujourd’hui, c’est la cible idéale pour les blaireaux habituels qui aiment répéter bêtement ce qu’ils ont entendu dire mais qui, au fond, et on ne les en blâme pas, n’ont pas grand-chose à faire du hip hop. Et de la musique en général.

Alors, qu’attendre de cette réunion au sommet, soi-disant ? Bah pas grand-chose en fait, sinon strictement rien. Et ça tombe bien. Car c’est exactement ce que propose Magnificient City : presque rien. L’album souffre irrémédiablement du grand défaut de RJD2 : une banalité crasse, une absence totale d’originalité vendue sous couvert d’éclectisme. Et que je te mette du hard rock ("Heaven"), et que je te balance du funk ("Fire"), et que je te sorte des cuivres ("All For You", "Disconnected"), et que je te fasse de l’électronique bizarre ("Mooore"), que je te sorte une guitare mélancolique ("A Sunday Mystery" et son sample mieux employé récemment sur le Burgundy Brown d’Omni) ou des violons ("A Beautiful Mine"). Que je te fasse bouger la tête, et que je t’en mette plein les oreilles ("Cornbread, Eddie & Me"), mais surtout ne m’en demande pas plus. Il n’y a guère que le synthé de "Supahero" et la harpe de "Here & Now" à sauver. Car dans sa carrière, RJD2 n’a été grosso modo inspiré que sur Dead Ringer. Et encore, bien moins qu’on ne l’a dit. A part ça, il n’a su faire que des beats hip hop de tâcheron. Même quand on lui a dit "eh mec, c’est avec Aceyalone que tu vas bosser".

Au milieu de tout cela, Acey ne s’en tire pas si mal. C’est le Freestyle Fellow qui assure à lui seul l’intérêt du sympathique morceau de rock rebelle "Heaven", par exemple, les guitares de RJD2 étant tout juste fonctionnelles. C’est son ego trip qui fait de "Fire", péniblement, un single présentable. Et son art du storytelling fait sourire sur "Solomon Jones". Acey rappe bien, malgré des thèmes, des paroles et des exercices de style convenus. Mais comme sur Love & Hate, où il avait inauguré sa collaboration avec le Dead Ringer, il prouve qu’il ne sait plus dénicher les bonnes productions, ou plus probablement qu’il ne le souhaite plus. C’est triste, mais à ce tarif-là, mieux vaut télécharger les MP3 gratuits nu soul de Myka Nine, souvent ratés mais infiniment plus personnels, que se coltiner les infâmes titres récents d’un Aceyalone qui court désespérément après la reconnaissance dont il aurait dû bénéficier davantage. Il y a longtemps, il y a 10 ans. Et sûrement plus maintenant.

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