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BIGG JUS, RADIOINACTIVE, LA JAE, DDAMAGE - Le Triptyque - 8 novembre 2006

, 22:29 - Lien permanent

Deux artistes cultes du rap indé pour cette soirée parisienne avec dDamage, pas un de moins. Avec un gagnant, Radioinactive, haut la main. Et un perdant, Bigg Jus.

D’emblée, et avant même d’en découvrir le contenu, quelque chose frappe sur le nouvel album de dDamage. Sur Shimmy Shimmy Blade, les frères Hanak ont mis le paquet en invitant une cohorte impressionnante d’éminents représentants de la scène rap indé. La scène rap indé d’il y a 5 ans, certes, mais qu’importe : rassembler tant de gens doit prendre un certains temps. Et ils ne doivent pas être bien nombreux les gens capables d’aligner MF Doom, Bigg Jus, Mike Ladd, Tes, Dose One, Existereo et Orko sur la longueur d’un seul et même disque. Comme si cela ne suffisait pas, Fred et JB ont également sorti un joli magazine promotionnel intitulé Fake/Real (non, pas du tout, rien à voir avec votre site préféré, hormis le fait de traiter en partie des mêmes gens) où l’on apprend notamment que l’un des frères a couché avec Raymond Barre dans un squat délabré en 1978.

Enfin, last but not least, pour célébrer la sortie de ce nouveau disque, il y a cette soirée Coalition où les Hanak démontrent encore l’étendue de leur carnet d’adresse en conviant deux artistes majeurs, deux MCs cultes des scènes rap indé. Côté Est c’est Bigg Jus qui s’y colle, l’ex Company Flow, l’un des invités prestigieux de Shimmy Shimmy Blade. Côté Ouest, nous retrouvons Radioinactive, Shapeshifter parmi les plus brillants en pleine promotion de Soundtrack to a Book, son réjouissant dernier album. Cela s’annonce bien avec ces deux là. Et effectivement, cela commence on ne peut mieux, par un open bar sur le rhum, histoire de récompenser les premiers arrivés et de les mettre dans les meilleures dispositions.

Quelques temps après, pas trop tard, c’est Bigg Jus qui ouvre les hostilités. Le gros noir dreadlocké est jovial, ouvert, sympathique et visiblement satisfait d’être là. Les gens aussi semblent contents de le retrouver par ici, dans cette cave parisienne très conviviale avec son bar, ses fauteuils et ses murs de pierres, devant ce public ni clairsemé, ni trop nombreux. Seulement, voilà, ce show qui se concentre sur sa carrière solo ou celle avec Orko au sein de NMS n’a franchement rien d’exceptionnel. C’est du hip hop, quoi, avec ses codes creux et usés, ses levers de bras et tout le toutim, sans même l’entrain et la puissance qui pourrait faire passer la pilule. Et pour couronner, le rappeur remet une couche de politique à deux balles, en nous rappelant, quels scoops, que la guerre ce n’est pas bien et que George Bush n’est pas très gentil, extrait de discours du vilain président à l’appui.

Bref, ce soir, c’est davantage le Bigg Jus des navrants NMS que celui des géniaux Co-Flow qui se produit devant nous. C’est triste à dire : ce type a bouleversé mon histoire musicale personnelle, sans lui je ne serais sans doute pas en train d’écrire un énième article pour ce site, mais ce soir, je ne suis ni ému, ni impressionné de le voir. Ce soir, il n’est qu’un rappeur sympathique mais transparent de plus. Il suffit d’ailleurs qu’il s’exprime quelques secondes sur "Krazy Kings" (ouais, le "Krazy Kings") pour que la vérité saute aux yeux, évidente et cruelle : Bigg Jus, ce n’est que Funcrusher Plus, ce n’est que 1997. Et ce soir, nous sommes dix ans trop tard.

Pour celui qui lui succède, cependant, tout est différent. Certes, la carrière de Radioinactive est a à peu près aussi ancienne que celle de Bigg Jus. Mais lui n’a jamais cessé de prendre de l’ampleur, de s’affirmer, de sortir des disques de plus en plus accessibles. Il a le même âge, mais il est plus frais.

Mais là j’arrête car je m’emporte. Je veux aller trop vite, je veux passer dès maintenant au clou de la soirée. Alors qu’avant Radio, il y a eu son compère des Shapeshifters, LA Jae. Bon, c’est vrai, son set de turntablism n’a été qu’une habile transition. Il ne s’est pas défoncé, il n’a pas tout explosé. Pourtant, cependant, toutefois, vous en connaissez beaucoup des DJs qui passent autant de West Coast Underground dans leur session, avec ce qu’il faut de rap old school bien senti et quelques incartades dancehall ? Nan, vous n’en connaissez pas. Alors merci LA Jae, grâce t’en soit rendu, et maintenant, passons à Radioinactive.

Radioinactive, donc c’était bien. C’était très bien. C’était formidable. Ouais, OK, lui aussi il a levé le bras. Mais il l’a fait mollement, avec distance, avec dérision, avec un sourire en coin. Et à part ça, son show n’a rien eu du spectacle rap habituel. Rien du tout. D’abord, il y a ce flow, ce phrasé de dément à la vitesse supersonique qui va toujours plus loin la fois d’après. "Do you like fast rap" ? Ouais, et ça le fait. Et pas seulement pour la prouesse de virtuose, pas uniquement pour ces clowneries qui consistent à rapper en chevrotant ou bien comme un robot pour rendre hommage à Robocop. Ca le fait surtout et avant tout parce que Radioinactive n’oublie jamais d’être un entertainer, de donner du plaisir.

En cela, l’ami Kamal est sacrement aidé par le potentiel tubesque des titres de ses deux albums les plus récents, ses plus accessibles, ses plus pop. Sur scène, c’est prouvé, c’est testé, "Refrigerator" est aussi hitesque que sur disque, sinon plus, et ce dans ses deux versions. Radio se concentre donc dessus, au détriment de Pyramidi, dont il n’interprète qu’un morceau, morceau qu’il doit d’ailleurs recommencer car il en a oublié ses paroles. Mais peu importe ce faux pas. Ce soir, tout lui est pardonné. Surtout que le bonhomme termine admirablement bien son affaire en se lançant en duo avec Tido Berman de TTC sur une instru très efficace de Franz Ferdinand. Devant, le pénible public parisien blasé et revenu de tout finit tout de même par s’agiter.

Quand Radio quitte la scène, il est minuit mais la soirée ne fait que commencer. Les stars françaises du spectacle sont prêtes. Seulement voilà, il y a des gens qui habitent loin, d’autres qui ont des obligations, ou les deux à la fois. Une fois encore, il est dit que je manquerai dDamage. Dommage, mille fois dommages. Aux toutes dernières nouvelles, leur show s’est montré ravageur. Mais pour l’heure, je rebrousse chemin, croisant au passage des gens qui ne font que rentrer. "Ah, on n’a rien loupé" dit l’un d’eux. Pauvre con, va. Imbécile.

Merci à Niam de True Duke pour les photos
Et merci à Kreme de Laitdbac qui saura pourquoi

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Commentaires

1. Le jeudi 16 novembre 2006, 10:50 par RN113

T'étais là crooked sylv ? tu dis même pas bonjour enfoiré.

2. Le jeudi 16 novembre 2006, 11:00 par Fake For Real

Ouais j'étais là. Je t'ai vu derrière la scène à un moment avec les deux frères, mais je ne t'ai pas recroisé après. Donc non, je n'ai pas pu te dire bonjour.

Et sinon, à part ça, il n'y a pas moins crooked que moi.

3. Le jeudi 16 novembre 2006, 11:20 par RN113

Ah c'est cheulou j'ai vu tes enfants bax, niam et kremspire pourtant.
Mais j'me suis cassé au debut de dD ça doit etre pour ça.

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