Fake For Real

Depuis 1997 : critiques, dossiers, sélections et autres papiers, dédiés au rap (et parfois à d'autres musiques)
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JOE RATH - Interview

, 22:15 - Lien permanent

Le très recommandé Don’t Be A Martyr sorti en 2004 l’a confirmé : Joe Rath mérite bien plus d’attention que beaucoup de ses homologues de l’explosion indie hip hop d’après l’an 2000. Alors s‘il-vous-plait, découvrez cette interview de notre rappeur du New Jersey et encouragez-le à sortir la future merveille qu’il n’a pas encore pris le temps d’enregistrer.

Qui est Joe Rath dans la vraie vie ?

Joe Rath, dans la vraie vie, c’est aussi Joe Rath, mais avec quelques lettres de plus dans son nom de famille. Il se fait moins de mouron que par le passé. Il est dans cette période intermédiaire de la vie qu’on traverse autour de 23 ans. C’est un type avec de grandes aspirations mais un petit appétit. Mais il a encore faim. La faim est encore là.

Comment es-tu entré dans le rap game ?

En tant que fan, tout simplement. A force d’en écouter, j’ai voulu m'y mettre. Des raps clamés ici et là sous les porches des immeubles sont devenus des raps passionnés enregistrés sur disque. J’ai creusé de plus en plus, jusqu’à heurter le sol et me faire une bosse sur la tête.

Tu as été révélé par la vague indie rap qui a suivi l’an 2000. Tu te considères comme faisant partie de cette scène ou de ce genre ?

Oui et non. J’étais plutôt en marge de cette scène indie hip hop, et ce n’est pas nécessairement le meilleur endroit. Ca veut dire avoir une exposition limitée. La vague indie hip hop dont tu parles était horriblement sursaturée. Tout le monde s’y est essayé. Ca a rendu les choses plus difficiles pour ceux qui avaient vraiment du talent. C’est un monde cruel que celui de l’indie hip hop. Et ça n’a pas aidé quand les choses sont devenues "emo" ou "expérimentales". Des gens comme Anticon, Def Jux et Rhymesayers ont ouvert grand les vannes pour toute une nuée d’adolescents dans tout le pays. Ils ont chamboulé le hip hop. Grâce à eux, c'est devenu OK de faire certaines choses. Mais après, il y a eu un retour de bâton, dont même ces artistes ont souffert. Toute cette scène a fait des choses fantastiques pendant une période de trois à quatre ans, elle allait vraiment dans la bonne direction, mais après ça a dépéri, c’est devenu exagéré, ou tout simplement creux.

Qu’en est-il de tous ces albums que tu es censé avoir faits et qui ne sont jamais sortis ?

Tu te dois de limiter ta production. Je me suis assis (et je m’assois toujours) sur un tas de chansons parce que j’ai estimé que personne n’en voudrait. Tu dois faire des efforts pour que ta musique sorte et soit entendue. Si le public n’est pas encore là et que tu décides malgré tout de la sortir, personne n’écoute et c’est du gâchis. Et cela est très décourageant.

C’est quoi l’histoire de ta première sortie, He Meant Well ?

He Meant Well est le premier de mes albums que je considérais comme vraiment bon, comme valable. J’en étais fier. J’étais en première année de fac. Le programme des cours était souple et j’ai pu passer plus de temps sur cet album que sur n’importe lequel des précédents. La production et la qualité sonore ont aussi évolué dans le bon sens. Je bénéficiais des meilleurs travaux de Rorschach et Poor Richard commençait à s’y mettre. C’était aussi l’un des premiers albums qui me semblait digeste pour le public. He Meant Well m’a donné le sentiment d’être capable de me lancer.

He Meant Well est encore trouvable et achetable quelque part ?

Je n’en suis pas bien sûr. Tu peux fouiner sur internet ou trouver une boutique qui le vend encore. Sinon, ça ne sera disponible que si j’ai le cœur à aller à La Poste, ce qui est envisageable.

Et qu’en est-il de l’album The Flea Market Tapes dont j’ai récemment entendu parler via une page web et que je n’ai jamais écouté ?

The Flea Market Tapes, c’est un tas de morceaux que je n’ai pas retenu pour Don’t Be A Martyr. Mais certains jours, je préfère The Flea Market Tapes à Don’t Be A Martyr. Ce n’est pas que ces morceaux n’étaient pas bons, c’est juste qu’ils n’allaient pas avec le reste. Ils sont très variés. C’était supposé sortir sur Beyond Space, mais ça ne s’est jamais passé. C’est dommage, parce que j’avais préparé une jolie pochette pour ce disque.

Tes paroles sont quelquefois difficiles à suivre, tout particulièrement pour un étranger comme moi. Qu’est-ce ? Du rap introspectif, de la poésie, autre chose ?

Du rap introspectif, c’est sans doute le terme le plus adapté. Appeler ça de la poésie, c’est un peu fort. J’ai du mal à admettre que les paroles d’une chanson puissent être de la poésie. De l’art ? Oui, sûrement. Mais de la poésie ? Je n’en suis pas certain. Je m’excuse si mes paroles semblent difficiles. Ce n’est pas intentionnel. Etre difficile à suivre, c’est la dernière chose que je souhaite.

Comment t’es-tu lié aux gens de Beyond Space Entertainment ?

Le scénario est assez classique. J’ai entendu parler de Beyond Space. Je leur ai envoyé ma musique. Ils ont apprécié. Ils m’ont envoyé un contrat. Tony (le patron de BSe) a tout fait pour moi. S’il n’avait pas été là, tu ne saurais sans doute pas que j'existe. Il m’a fait changer d’échelle. Et plus important encore, il a sorti ma musique. Je lui en suis éternellement reconnaissant.

Je ne suis pas certain que Beyond Space Entertainment existe encore. Sur quel label a-t-on une chance de découvrir tes prochaines sorties ?

Pour être honnête, je ne suis pas certain non plus que BSe existe encore. J’ai perdu le contact avec Tony (par ma faute). Quant aux futures sorties, je ne suis même pas certain qu’il y en ait. Je n’ai pas enregistré de rap depuis un moment, j’ai à peine enregistré d’autres sortes de musique. Aujourd’hui, je me concentre sur l’écriture d’un roman. Je ne dis pas que je n’enregistrerai plus. Ca pourrait m’arriver. Poor Richard et moi avions un album sur le feu. Nous avions commencé à travailler dessus dès après Don’t Be A Martyr. Il avait fait tous les beats. Et moi toutes les paroles. Mais nous n’avons rien enregistré. Mais nous devrions. Je considère que c’est mieux et que c’est différent de tout ce que nous avons fait avant. Mais des choses se passent. On remet tout à plus tard. Il est parti en Croatie pendant deux mois. Je suis tombé amoureux. Il s’est fiancé. J’ai traversé le pays en voiture. Ca serait sympa d’enregistrer quelque chose, un jour.

Il y a un feeling très rock dans les beats de tes albums, tout spécialement sur les titres produits par Poor Richard. C’est une influence que tu revendiques ?

Oui, nous revendiquons cette influence. Ca a commencé avec la chanson "(Cold) Sweating Bullets" sur He Meant Well. On lui a trouvé un côté rock, et on a aimé ça. En fait, le feeling rock venait de la batterie. Après, on s’est servi de cette chanson comme modèle. Poor Richard et moi avons déniché des instruments. Il se les est appropriés. A l’époque de Don’t Be A Martyr, il utilisait plus d'instruments que de samples. Le disque suivant, celui qui n’a jamais été enregistré (appelons On The Veranda), ne contient quasiment que des instruments live.

Ce serait quoi la quintessence de l’album rap pour toi ?

Nas, Illmatic. Sans conteste. Tout dans ce disque est et reste parfait.

Quel genre de hip hop écoutes-tu de nos jours ?

Malheureusement, je n’écoute pas grand-chose. Pas du tout, à vrai dire. A part peut-être Loss. Loss est un ami rappeur, un véritable ami, avant toute autre chose. Il me fait souvent écouter sa musique. Et elle est bien. J’aime ça.

Et à part le hip hop, quelle autre musique ?

Un peu de ci, un peu de ça. Il y a toujours quelque chose à découvrir, quelque chose qui te permet d’apprendre.

Et ton secret caché hip hop que tu vas nous faire partager ?

Mon secret caché hip hop ? En fait, tout ce que j’ai pu dire sur disque est un mensonge. Et je suis amoureux de Mark Castro.

Les Français sont très ethnocentriques. Ils adorent quand des étrangers parlent d’eux. Alors, Joe Rath et la France ?

J’adore la France. Je m’excuse au nom de l’Amérique pour tout ce qu’on peut dire de négatif sur vous. Vous habitez un beau pays, riche en art et en culture. J’aimerais y venir dans un avenir proche. Dès que j’aurai l’occasion de visiter l’Europe, je commencerai par la France. S’il te plaît, ouvre-moi ta porte, France.

Un message final pour clore l’interview ?

Merci pour m’avoir interviewé. Si quelqu’un a besoin d’une faveur de ma part, fais-le-moi savoir, j’essaierai d’être utile. Toi aussi tu essaie d’aider quelqu’un. Tout le monde essaie d’aider. Tout le monde essaie un peu. Nous avons encore de bonnes années devant nous. Ne m’oubliez pas.

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Commentaires

1. Le mardi 1 août 2006, 10:22 par geL-

Interview très très intéressante et navrante à la foi. C'est bête d'apprendre qu'il ne sortira peut-être pas son futur album. Merci sylv !!!

2. Le mardi 1 août 2006, 10:35 par Fake For Real

En même temps, il y a comme un appel du pied pour qu'on l'aide à le sortir...

3. Le mardi 1 août 2006, 18:34 par Newton

Sympathique. Il devrait prendre un peu plus de confiance. Sa musique est interessante. "Don't be a martyr" est quand même plein de bonnes choses.

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