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KILL THE VULTURES - Kill the Vultures

, 10:01 - Lien permanent

Crescent Moon, Advizer, Nomi et Anatomy ont troqué leur académisme hip hop passé contre le jazz rap furieux de Kill the Vultures. Avec ce disque comme avec celui de Power Struggle, il n'y a plus de doute : Oddjobs n’a jamais été aussi passionnant que depuis qu’il n’existe plus.

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Il y a un reproche qu’on ne pourra jamais faire à Oddjobs : celui de n’avoir pas su se remettre en question. Le groupe s’était fait connaître du temps d’Absorbing Playtime par un live hip hop de bon goût, avec guitares, flûtes, batteries et autres ajouts convaincants du même type. Ensuite, il s’était fendu d’un Drums taillé dans le plus pur classic rap du Mid West. Et plus récemment, il s’était durci sur Expose Negative avec les prémices d’un rap post punk développé quelques mois plus tard par deux de ses membres, Power Struggle, sur l’excellent Arson at the Petting Factory. Les voix blanches et abrasives des MCs sont restées les mêmes, les "vrais" instruments n’ont cessé d’accompagner les beats, mais le rap d’Oddjobs a évolué. Jusqu’à Kill the Vultures, nouvelle mouture du groupe, son autre héritier avec Power Struggle.

Crescent Moon, Advizer, Nomi et DJ Anatomy, les quatre rejetons de l’aventure Oddjobs qui composent Kill the Vultures, ont donc viré jazz. Mais attention, il ne s’agit pas du jazz rap qui a alimenté la bande-son des 90’s. Le leur est aussi dur que l’était le rock d’Expose Negative. Il est fait d’une suite de volées ravageuses de saxo, de pianos démembrés et de percussions implacables, et le punk n’est jamais bien loin ("7-8-9"). Et bien sûr, les textes sont à l’avenant. C’est du rap hardcore urgent et accusateur, c’est une dénonciation de notre société industrielle et mécanique, des cris d’alarmes comme ce "Kill the vultures, before they dine on all of us" entonné en chœur sur le manifeste tout en minimalisme et en dureté qu’est "The Vultures".

L’audace, l’innovation et l’originalité formelles de cet album méritent à elles seules un coup de chapeau. Mais ce n’est pas son seul mérite. Il est certes moins homogène et moins évident qu'Arson at the Petting Factory. On se demande même dans quelle voie les ex Oddjobs ont décidé de s’engager, à premier abord. Quelques titres restent gonflants, quel que soit le nombre d’écoutes, comme ce "Good Intentions" et son spoken word sur fond cool jazz. Mais d’autres sont très impressionnants, comme le furieux "Sick Days are upon Us" ou "Beasts of Burden" et son alliance de piano sobre, de saxophone suave et de saturation en crescendo. Oddjobs s’est séparé du rap académique qui l’a autrefois entravé. Par la même occasion, il a sans doute renoncé au succès, à la reconnaissance qu’il a parfois frôlée. Mais tout cela est tant mieux. Que ce soit avec Power Struggle ou avec Kill the Vultures, jamais le groupe n’a été aussi passionnant que depuis qu’il n’existe plus.

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