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RECYCLONE & SOSO - Stagnation and Woe

, 23:43 - Lien permanent

Recyclone a su domestiquer son rap halluciné pour s'accorder aux beats sobres et ténus de soso, et ce dernier a ajouté à ses compositions les sonorités abrasives de circonstance. Sur Stagnation and Woe, leur projet commun, le rappeur et le fan se sont parfaitement compris.

Clothes Horse Records :: 2006 :: acheter ce disque

A l’origine il y avait Recyclone, artiste de Halifax proche des Sebutones, tenant d’un rap industriel et apocalyptique, un inconnu pour le commun des mortels, mais un secret jalousement gardé pour les autres. Or, parmi ces autres précisément, parmi ceux qui ont eu le privilège de découvrir très tôt le talent du bonhomme, il y avait un certain soso, le patron de Clothes Horse Records, inventeur à lui seul d’un nouveau genre de hip hop marqué par la lenteur, la force suggestive et le dépouillement à l’extrême. De sa bonne ville de Saskatoon, à l’autre bout du Canada, le second décide un jour de se manifester auprès du premier et d'enclencher ainsi une collaboration en deux actes. L'an passé, cette coopération a pris la forme d'un CD intitulé Corroding the Dead World, compilation des deux premiers albums de Recyclone sortie sur Clothes Horse. Et quelques mois plus tard, en 2006, elle se poursuit par la sortie d’un album commun.

Sur Stagnation and Woe, le rappeur et son fan se sont parfaitement compris. Chacun semble avoir fait un pas vers l’autre. Recyclone a su domestiquer son rap halluciné et colérique pour qu’il s’accorde au mieux aux beats sobres et ténus de soso. Tandis que ce dernier a orné ses habituelles compositions lentes et mesurées de sonorités abrasives et dérangeantes, réminiscences des musiques passées du rappeur d’Halifax. Et c’est exactement ce qu’il fallait pour coller à la poésie pessimiste et aux visions de fin du monde de Recyclone. Rentrée, la rage du rappeur n’en est que plus convaincante, sa capacité d’évocation plus puissante. La réussite est totale sur le "Gearbox Therapy" d’introduction, l’un des plus beaux titres des carrières respectives des deux artistes, le plus évidemment bon de ce court album. Elle est aussi au rendez-vous sur d’autres morceaux, par exemple le court mais somptueux "Ghosts".

Cependant, avec sa musique squelettique, faite de quelques notes de piano, guitare, violon ou violoncelle, soso avance sur un fil. Comme d’habitude, mais aussi plus que jamais, il est en équilibre sur la ligne de partage entre le sublime et le chiant. Et quelquefois, malheureusement, il lui arrive de mettre le pied du mauvais côté, par exemple sur "Trash Culture". Recyclone, lui, est plus constant. Posées plus que déclamées, ses paroles sont homogènes. C’est le même flux continu de noirceur, la description interminable d’un monde dévasté, le nôtre en fait, une volée de textes cryptiques qui dissimulent une dénonciation de nos vies de robots consuméristes, du culte du corps et du dieu argent. C'est toujours le même ton, jusqu’à cette conclusion en forme d’ouverture, une plage intitulée "The Introduction" en tout point différente des autres, un posse cut avec les gens du groupe Second Front, un titre où le rappeur se décide finalement à hausser la voix et à chercher une issue au monde gris qu’il s’est employé à décrire jusqu’ici, une fin de premier choix pour ce concept album orageux et menaçant conçu par deux artistes clés du rap contemporain, destinés à oeuvrer ensemble.

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Commentaires

1. Le mercredi 31 mai 2006, 14:13 par Newton

Bizarrement, j'ai toujours du mal à être totalement et à 200 % convaincu par cet EP.
Il y l'énorme "Gearbox therapy" qui est un hymne parfait au suicide mais aussi "The introduction" que je trouve hors de propos pour clore un EP pareil. Entre, une poignée de morceaux bien travaillés, tant musicalement que lyricalement, mais je ne retrouve pas l'émotion que j'ai eu pour "Tenth street..." ou pour les "Corroding...." de Recyclone.
Je crois que je m'attendais à trop de choses de la part de ces deux-là.

Ca vaut largement le détour de toute façon (sauf pour Bax) mais replacé dans le contexte de ce qu'a déjà sorti CHR, je le trouve un peu en dessous.

2. Le mercredi 31 mai 2006, 14:42 par Fake For Real

En fait, j'ai toujours du mal à me faire une opinion définitive dessus. J'adore "Gearbox Therapy" et "Ghosts" c'est sûr. Je déteste "Trash Culture". Mais je change d'avis sur les autres chaque fois que je les écoute. Comme je le dis dans la chro, je ne sais jamais dire si c'est génial ou si c'est chiant.

Sinon, "The Introduction" n'est pas hors de propos. C'est tout le contraire. C'est justement le résultat de tout le reste. Le type te décrit un monde d'apocalypse, et à la fin, il se réveille avec tous ses copains pour dire quoi faire.

3. Le mercredi 31 mai 2006, 15:04 par Newton

Mouai je sais pas. Justement: "Stagnation & woe". Pas de solutions, juste de la résignation.
Et puis musicalement, l'instru est un peu fatiguante pendant les 8min du morceau. -_-

Enfin je chipotte.

4. Le mercredi 31 mai 2006, 20:16 par Umbre

Le problème c'est un peu les copains sur le morceau the introduction... Je ne les trouve pas vraiment au niveau de Recyclone et si ce morceau a effectivement du sens, au niveau musical ca me gene par rapport au reste de l'album.
J'aime beaucoup les autres morceaux, il n y'en a pas que je passe pour l'instant mais je n'ai peut-être pas écouté l'ep assez souvent depuis que je l'ai (récemment) recu.

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