Fake For Real

Depuis 1997 : critiques, dossiers, sélections et autres papiers, dédiés au rap (et parfois à d'autres musiques)
Home

Aller au menu | Aller à la recherche

GNARLS BARKLEY - St. Elsewhere

, 22:23 - Lien permanent

Comme souvent, le succès ne vient pas du bon disque, ni de la bonne personne. Si tout le tintamarre qui entoure la sortie de l’album de Gnarls Barkley doit se justifier, c’est en premier lieu pour Cee-Lo. Et pas pour cet opportuniste de Danger Mouse.

Downtown / Warner :: 2006 :: acheter ce disque

Pardonnez-moi d’être grossier. Mais putain quel barouf, quel tintamarre ! Ca y est, cette fois, Danger Mouse a décroché la timbale. Prendre en charge le nouveau Gorillaz, c’était déjà bien, inespéré même quand on revient en arrière, à l’époque de Ghetto Pop Life. Mais cette fois, ça dépasse tout. Promotion d’enfer, succès commercial et critique, couverture et affiche partout, et un titre, "Crazy", consacré tube de ce début d’année. Un ramdam impensable et totalement disproportionné, un truc de fou. Pourtant, il y a quand même un bon point dans toute cette histoire. C’est que par ce biais, Cee-Lo Green bénéficie d’une meilleure exposition. C’est un peu délirant, ça ne tourne pas très rond, on marche sur la tête. Dans un monde parfait, ce serait pour l’ancien Goodie Mob que les gens se seraient penchés sur cet album, et pas pour l’autre tâcheron. Mais voilà, l’histoire des musiques populaires est une gigantesque loterie et le monde est profondément injuste. Je me le dis chaque journée, chaque fois qu’au hasard de mes pérégrinations sur MySpace.com, je découvre 10 artistes supérieurs à ces beatmakers emblématiques du rap indé que sont devenus, par capital relationnel, par opportunisme ou par chance, des gens comme Danger Mouse ou RJD2.

Donc il y a "Crazy". Et ce titre est irréprochable. C’est une tuerie, une chanson belle comme de la soul d’autrefois, déjà reprise à droite et à gauche, par exemple par un Ray LaMontagne. Un tube, sans erreur et sans injustice. Mais ce morceau n’est pas tout : la première partie de l’album est parsemée avec bonheur de titres pop/soul/rap d’un niveau très approchant, voire supérieur. Reprise des Violent Femmes, "Gone Daddy Gone" est un exercice rock entraînant comme tout. L’introductif gospel endiablé et à trompette de "Go Go Gadget Gospel", "Smiley Faces" et la complainte soul de "St. Elsewhere" sont aussi des titres appréciables. Enfin au cœur même de l’album, il y a le très fort "Just a Thought" et ces confessions suicidaires qui ont le bon goût de se terminer sur un "but I’m fine" d’autodérision.

Mais à bien écouter les percussions et la guitare classique qui accompagnent ce titre, il semble évident que l’essentiel est porté par le seul Cee-Lo, par son chant, par sa voix. Le reste n’est que parasite, ou peu s’en faut. Ce n’est pas de la mauvaise foi, ce n’est pas pour s’acharner outre mesure sur Danger Mouse. Il ne le mérite pas, il n’est pas nul. Il a même un fort, en dehors de son ouverture d’esprit : c’est cette propension à faire du hip hop ludique, cette capacité à ajouter un poil de fun à un genre qui s’est parfois pris au sérieux. Mais cette qualité est aussi son problème. Ses sons aboutissent plus souvent à des curiosités vaguement bouge-popotin qu’à des titres durables, à l’image de l’orgue de film d’horreur de "The Boogie Monster" ou de l’instrumentation grime/jungle de "Transformer". Et quand il sort la grande artillerie, par exemple sur "Storm Coming", ce n’est pas beaucoup plus impressionnant.

Mais trêve de débats sur le talent de Danger Mouse et sur cette collaboration épisodique avec Cee-Lo. Laissons-le partir vers ses nouvelles aventures avec The Rapture, et après, qui sait, avec Kool Keith, Devandra Banhart, Henri Salvador ou n'importe qui d’autre. Cette fois, comme souvent, comme toujours, le succès n’est venu ni de la bonne personne, ni du bon disque. Il n'y a plus qu'à espérer qu’avec tout ce foin, des gens issus plus ou moins du grand public auront la curiosité de se pencher sur les albums de Cee-Lo Green en solo ou avec Goodie Mob. Pour cela et pour les quatre ou cinq bons titres qu'il contient, St. Elsewhere n'aura pas été un album pour rien.

Évaluer ce billet

0/5

  • Note : 0
  • Votes : 0
  • Plus haute : 0
  • Plus basse : 0

Commentaires

1. Le samedi 3 juin 2006, 16:10 par Nicobax

assez très d'accord... je trouve les 2 premiers tiers de l'album vraiment chouettes mais une fois "Transformer" (que j'aime beaucoup) passé, on s'ennuie un peu beaucoup. Dommage, ça ne dure que 34 minutes et la fin est dispensable, ça aurait pu être mieux.
et merci Cee-Lo de s'amuser comme ça.

2. Le dimanche 24 septembre 2006, 17:05 par 00bob

oué faut rester underground, pas se montrer faire de la zic dans sa cave etc... des tres bonnes prods sur cette alboum quand même, a réécouter un peu plus dépassionné à mon humble avis!

bisous!

3. Le lundi 25 septembre 2006, 12:30 par Fake For Real

"oué faut rester underground, pas se montrer faire de la zic dans sa cave".

Personne n'a dit ça. Au contraire je suis persuadé qu'on peut faire grand public avec un album meilleur que celui-là.

Ajouter un commentaire

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Fil des commentaires de ce billet