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SONTIAGO - Abuse My Adoration

, 22:54 - Lien permanent

Moins étrange que ce que nous ont parfois proposé ses amis de Portland, mais pas classiquement rap non plus, le premier disque de Sontiago ne paie pas de mine, à première vue. C’est pourtant l’un des albums les plus riches à être venus du Maine à ce jour.

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La scène hip hop de Portland, Maine, compte une femme. Epouse de JD Walker, principale collaboratrice de Moshe, membre avec Bread de Knowcomplex, Sonya Tomlinson est même au centre des hostilités. Elle a notamment participé aux derniers albums respectifs des deux premiers cités, pour deux titres parmi les meilleurs jamais proposés par ces gens : "Be Found…" sur Tending to the Sheep et "Patient Peoples" sur Them Get You… Them Got You. Il était donc plus que temps de se pencher sur le premier album de celle qui se fait appeler Sontiago, une compilation de ses travaux sortie en 2004 et intitulée Abuse My Adoration.

La première impression, cependant, n’est pas des plus favorables. A première vue, la rappeuse semble proposer l’un de ces énièmes disques de rap adulte où les beats, pondus par un trop-plein de producteurs, n’ont qu’une fonction secondaire. Le premier rap, "Listening to Shadows", est très bon. Mais l’ambiance jazzy et laid back concoctée par Lifelike ainsi que les deux minutes de scratches qui l’ont précédée ("Just Made It") annoncent un disque moins audacieux que ce nous ont parfois proposé les gens du Maine et leurs petits copains exilés en Californie. Même punition pour ces paroles où l’introspection domine, que Sontiago s’interroge sur son identité ("Listening to Shadows"), qu’elle revienne sur des périodes douloureuses de sa vie ("Offnights") ou qu’elle fasse une mise au point sur ses amours ("If You Go").

Mais petit à petit, Sontiago montre qu’elle a plus de ressources qu’imaginé de prime abord. Cessant d’explorer les méandres de sa personnalité et de ses relations, elle s’aventure habilement dans le rap politique sur "Misperceptions", une longue suite de (bonnes) questions. Sur "30 Days…", en dépit d’un beat pauvre, elle relate avec adresse l’histoire jour après jour d’un désamour. Les beats aussi gagnent en épaisseur à mesure qu'avance le disque et que se multiplient les écoutes. Ils acquièrent avec succès cette coloration folk / rock déjà très marquée chez JD Walker, sur "Assumptions" (justement produit par l’époux de Sontiago) et via la très belle guitare acoustique du remarquable "Retrospect" (avec encore son ex-Live Poets de mari). Et puis il y a "Iznoon", pénalisé par un sample issu de je ne sais plus quel titre à synthétiseur archi connu, mais qui finit par le faire. Ou bien le dub chanté de "Referred Pain". Ou encore l’inaltérable "Be Found…" produit par Moshe avec ses cordes orientales et l’inoubliable refrain "If I’m the place that you go when you find yourself missing, where will you go when I’m nowhere to be found ?".

Abuse My Adoration est perfectible. Mais c’est l’un des albums les plus consistants à être venus du Maine à ce jour. Et si après écoute, vous n’êtes toujours pas convaincu par ce grower, réservez tout de même une oreille pour les prochaines sorties de Sontiago. Dans les notes de pochette, celle-ci nous confie que "this is not the best work I’m capable of… that is yet to come". Et elle pourrait parfaitement avoir raison.

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