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MC FRONTALOT - Nerdcore Rising

, 22:50 - Lien permanent

MC Frontalot s’est emparé d’un créneau. Ce rappeur au look de cadre moyen de l’industrie informatique se veut le héraut du rap de nerd et son Nerdcore Rising le manifeste de ce mouvement improbable. Musicalement, dans l’absolu, tout cela n’a pas grand-chose de mémorable. Mais voici tout de même un sacré Nerd With Attitude.

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C’est toujours comme ça que ça se passe. Stigmatisez une catégorie de gens et ils finissent par se faire une fierté de tout ce que vous leur reprochez, une fois passée la première phase de honte. Ramenez les Noirs à un statut de sous-hommes, et ils vous sortent fièrement du "Black Power" ou du "Black is Beautiful" à tout bout de champ. Dépeignez l’Islam comme la civilisation des losers, et l’application de la charia devient une revendication et un motif d’orgueil. Et ainsi de suite pour toute catégorie de gens que l’on dénigre un jour ou l’autre. Le même phénomène devait nécessairement arriver avec le rap de nerd, ce hip hop de la classe moyenne blanche véhiculé par Internet plutôt que dans les rues. A l’origine, tous ces gens n’avaient pas le droit de faire du rap. Ils le dénaturaient, ils le dépréciaient, ils le détournaient de sa vocation, leur disait-on. Mais maintenant, les nerds se rebellent et ils revendiquent cet outrage. Vous nous reprochez d’être ainsi. Vous nous en voulez de ne pas parler du ghetto et de nous planquer derrière nos ordinateurs. Oui, tout cela est vrai. Mais nous en sommes parfaitement fiers. Nerdcore Rising.

Nerd, MC Frontalot l’est. Assurément. Nerdcore Rising, son premier album officiel, n’est pour le rappeur qu’un long coming-out de blanc-bec intello bloqué sur son PC. Il force le trait, il insiste plus que de raison, se dépeignant en cadre moyen d’IBM sur la pochette. Pourtant, sur la forme, son album n’est pas si nerdy qu’on pourrait le croire. Exceptés des sons électroniques bizarres placés ici ou là, en particulier quand il est question d’informatique ("Pron Song"), les beats produits par Frontalot sont finalement assez normaux. Pas irritants, pas exceptionnels non plus. Tout juste et gloablement passables, à part un "Charity Case" un poil au-dessus du lot en intro. Qui plus est, les efforts de Frontalot sur son phrasé collent également à ce que tout rappeur qui se respecte se doit de faire.

Le côté nerd, en fait, réside moins dans la musique que dans les paroles. Et à ce niveau là, l’auditeur en a pour son argent. MC Frontalot déploie tous les poncifs de l’imagerie nerd : le sexe sur Internet, son penchant pour les filles gothiques, sa sympathie pour les homos, les conventions Star Wars, les artistes indépendants du quinzième sous-sol. Il supplie l’auditeur d’acheter son disque ("Charity Case") et recycle son hymne pour la BD en ligne Penny Arcade, dont il est devenu la mascotte et le compagnon de route. Il propose bien un titre politique anti-Bush comme sur n’importe quel disque de rap normal ("Special Delivery"), mais pour le reste, le rappeur chauve à lunettes n’est à fon dans son personnage. C’est beaucoup, c’est vraiment beaucoup trop. Ca se veut une caricature remplie d’autodérision. Pourtant, ça n’est pas toujours drôle. Et pour tout dire, Nerdcore Rising est davantage un manifeste qu’un disque à écouter avec plaisir. Mais un manifeste qui marche, à en croire les nombreux articles parus sur le bonhomme.

Bien sûr, vu leur statut de nerds revendiqués, Frontalot et ses amis sont fortement suspects d’être les auteurs des articles Wikipedia qui leur sont consacrés et des commentaires dithyrambiques sur la fiche Amazon consacrée à l’album. Mais d’autres textes, issus quant à eux de la presse papier, montrent que le rappeur a réussi à se faire connaître et à fédérer une petite scène conséquente autour de lui, une scène qui comprend d’invraisemblables mc chris, 2 Skinnee J’s et Optimus Rhyme, tout aussi bien que MC Hawking et que Jesse Dangerously, cette vieille connaissance d’Halifax, tous deux présents sur le posse cut éponyme de l’album. MC Frontalot a donc tout fait pour marquer le coup. Si le mouvement nerdcore a un avenir, ce qui est tout de même plus qu’hypothétique, gageons que l’on se souviendra de cet album. Mais pour des raisons plus historiques que musicales.

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