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EPIC & NOMAD - Epic & Nomad

, 22:36 - Lien permanent

Rencontre au sommet pour le rap d’internaute. Deux membres parmi les plus éminents du genre issus de deux continents différents se réunissent pour un album commun. Et même si les deux en question n’ont pas forcément tiré le meilleur parti de leurs qualités respectives, c’est fort bien fait, c’est super triste et c’est vraiment joli.

Clothes Horse :: 2005 :: acheter ce disque

C’est la rencontre au sommet, la finale du grand tournoi transatlantique de rap d’internaute. D’un côté Epic, rappeur canadien quadragénaire (ou pas loin) champion de l’humour pince-sans-rire et de l’autodérision. De l’autre Nomad, rappeur au timbre d’homme-enfant issu de Cavemen Speak, la riposte belge au rap d’Anticon. Quelque part en arrière-plan, Soso, producteur attitré du premier et patron du label Clothes Horse, et Maki, autre beatmaker aperçu par le passé chez Nobs et chez Neila. Et pour compléter le tout, une participation soutenue de Siaz, l’autre MC de Cavemen Speak, et de Cam the Wizzard du label voisin Sideroad Records. Ces artistes ne se sont pas tous rencontrés, les deux principaux protagonistes n’ont collaboré que par Net interposé. Mais indéniablement, ils sont sur la même longueur d’onde. Leurs musiques respectives ont en commun la même délicatesse, la même fragilité, le même souci de peaufiner, la même musicalité, le même heureux détournement du rap tel que la masse l’imagine ou le connaît.

Cependant, et cela gâche un peu la fête (enfin, la fête…), les deux principaux instigateurs n’ont pas forcément mis en commun leurs plus grandes qualités sur cet effort. L’humour d’Epic, son grand point fort, en prend un sérieux coup. Par le passé, on l’a vu se moquer gentiment du hip hop avec plus de talent que sur le solo "Days n Time (Whats Really Good)", par exemple. Il y a moins de traits d’esprit sur ce disque. La teinte est plus franchement au noir, au gris et au marron, à l’image de la pochette macabre signée Thesis Sahib. La pensée du blondinet canadien semble monopolisée par sa sœur cancéreuse, à laquelle il est fait plusieurs fois référence. Pour un peu, Epic empièterait sur le registre plus sombre de son compère soso.

Et puis il y a aussi la production, et son côté trop forcé qui a déjà gâté les moins convaincantes des sorties Clothes Horse Records. Oh, pas de pathos, pas de grandes orgues. Ça, franchement, ce n’est pas le genre de la maison. Mais au contraire, une sorte de pose dans le refus de la pose, un trop plein de retenue, un trop grand dépouillement, patent par exemple sur "Another Left Wing Peace Song" et sur son couple piano / violon trop larmoyant pour être honnête. Dernière réserve, cet album a aussi la joliesse un peu trop appliquée qui est aussi le gros défaut de Cavemen Speak. Même si la production est laissée à d’autres, même si les flows plaintifs et dépressifs des MCs et leur rap touche-pipi sont au diapason des beats, ce néo-folk triste ne fait pas toujours mouche, comme ailleurs dans l’œuvre des deux hommes de Courtrai.

Mais à présent, trêve de critiques. Elles ne sont ici que pour préciser que cet Epic & Nomad ne délogera pas Birthday Song et Local Only du panthéon des meilleures sorties Clothes Horse Records, qu’il n’est pas le produit le plus abouti de ce hip hop impressionniste, suggestif et construit par petites touches. Ces quelques réserves ne visent en aucun cas à condamner ce disque. Il ne le mérite pas. Car en 2006, vous ne trouverez rien de semblable à l’excellente introduction sombre de "Hot 2006 Mentality", à la non moins bonne conclusion de "Act on Stage", à l’improbable hymne transatlantique "From Canadia to Belgium with Love" et à la belle guitare de "Time Flows by".

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Commentaires

1. Le mardi 28 mars 2006, 13:05 par Fake For Real

Bon, sinon, en complément, sachez que comme d'habitude chez Clothes Horse Records, des extraits de cet album sont téléchargeables sur le site du label. J'ai d'ailleurs signalé l'un d'entre eux sur la page MP3 de POPnews : popnews.com/mp3/mp3.php

2. Le mardi 28 mars 2006, 23:56 par Umbre

Une chronique plutôt juste qui confirme mon sentiment sur cet album. Un chouette album qui mérite le détour, mais pas une pierre majeure dans la discographie des protagonistes, "Un local only" est nettement plus jouissif notament pour l'humour qui s'en dégage.
Quoiqu'il en soit, ce n'est pas parce qu'il y a eu mieux avant qu'il faut faire la fine bouche et passer son chemin.
J'en place une au passage pour le "Act on Stage" dont le theme ne va pas sans rappeler le "What will I wear" de McEnroe.

3. Le mercredi 29 mars 2006, 08:28 par Fake For Real

C'est justement "Act on Stage" qu'on peut écouter sur la page MP3 de POPnews.

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