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JD WALKER - Them Get You... Them Got You

, 22:42 - Lien permanent

C’était à l’époque où je croulais sous les disques promos de rap bizarre à la Anticon. J’avais reçu Our Condition. Je l’avais même écouté une fois ou deux. Mais sûrement pas davantage. Et aujourd’hui, je ne retrouve plus ce disque. Dommage. Car ce Them Get You… Them Got You montre que JD Walker, ex Live Poets, n'est pas un artiste dénué d'intérêt.

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A l’origine d’Anticon et de tous les Anticon-like, il y a des Blancs. Des Blancs issus de la classe moyenne américaine qui se sont formés musicalement dans les années 90, et qui ont de ce fait été nourris à rations égales par le rap en plein triomphe et par le rock alternatif révélé au grand jour par l’explosion grunge. Des gens qui, expérience beaucoup plus rare en France, ont pleinement digéré les sons et les codes propres à chacun de ces genres musicaux, qui se les sont appropriés et qui les ont synthétisés, quittes à rajouter ensuite quelques agréments électroniques supplémentaires. Mais à l’origine d’Anticon, il y avait aussi et surtout Sole, et avant cela son premier groupe, les Live Poets, auquel appartenait également JD Walker.

JD Walker (ou jdwalker, si l’on suit l’orthographe du disque) n’a pas quitté le Maine pour s’installer à l’autre bout des States. Il n’a pas rejoint le label à la fourmi, même s’il est distribué par 6 Months et si Alias et Sole produisent pour lui, à l’occasion. JD Walker a poursuivi son chemin loin de toute exposition, à l’écart de la mini-hype dont ont bénéficié ses copains installés en Californie. Pourtant, aucun disque ne symbolise mieux cette fusion des genres propre à ce rap de Blancs que Them Get You… Them Got You. Sur ce second album après un Our Condition tout aussi confidentiel sorti vers 2002, JD Walker passe sans couture des instrumentations les plus minimales à l’électronique la plus bizarre, du folk le plus rêche au rap le plus ampoulé, ce dès les toutes premières plages, quand à l’a capella de "Nailded" succède avec les mêmes paroles un "Nails over Unjoy" hip hop produit par ce bon vieil Alias.

Tout au long de l’album, les beats ne cessent de changer et de s’adapter à la voix protéiforme de JD Walker, tantôt chant rocailleux, tantôt phrasé sur-articulé à la Aesop Rock. Ce peut être une superposition de guitares électrique et acoustique agrémentée d’une poignée de scratches et d’une voix harangueuse mais pas rap pour autant ("Omen"), une plage de jazz relax ("Jazzy Fresh Fucker"), du néo-grunge ("Men and Women Show"), un rap dans l’urgence sous une pluie de percussions ("The Two Six"), un folk totalement dépouillé ("Know no Company") ou une complainte langoureuse façon Beck des mauvais jours sur fond de guitare criarde ("Red Sky in the Morning").

Ce n’est pas toujours bon, ce blues d’employé de l’industrie piscicole que le rappeur est, par ailleurs (d’où le poisson de la pochette), est accompagné parfois de sons un peu trop louches. C’est le cas par exemple sur "Since Saturday", une production de Sole saoulante où apparaît l’inénarrable Bleubird. Mais en contrepartie, cet album contient le très bon rap à guitare de "Patient Peoples" où le rappeur est épaulé par Sontiago (sa propre femme, si j’ai bien tout suivi) et par Sole, à nouveau. Surtout, il recèle deux morceaux d’anthologie, ou plus exactement les deux volets mémorables d’un même titre, celui qui donne son nom au disque, deux plages à se damner produites par JD Walker lui-même et accompagnées de K-the-I, différentes mais construites sur le même mode épique et haletant, deux preuves que le talent du rappeur n’a pas grand-chose à envier à celui de ses compères plus connus que lui.

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