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BLEUBIRD, SHADOW ANIMALS, ZUCCHINI DRIVE - Guinguette Pirate - 1er mars 2006

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Le concert de ce début du mois de mars à Paris, c'était celui proposé ce mercredi par la Guinguette Pirate. Au programme de cette soirée hip hop très particulière, la musique transgenre de Cavemen Speak et de Zucchini Drive, ainsi que le rap exubérant du floridien Bleubird.

La foule des grands jours n'était pas garantie ce soir à la Guinguette Pirate. Une date en milieu de semaine ; un temps neigeux ; des artistes hip hop très spéciaux pas distribués en France, ou alors depuis peu ; aucun groupe de rap français local pour rameuter les vingt copains de son quartier. Tout concourait à décourager les bonnes âmes. Qui plus est, le quai auquel est amarré le bateau était en travaux. Pour arriver à destination ce mercredi, il fallait contourner des grillages, slalomer entre des barrières, en enjamber d'autres et marcher dans la boue. Après un tel parcours du combattant, il y avait intérêt à ce que le show présenté soit à la hauteur. Fort heureusement, il l’a été.

Mais c'est en douceur que tout a commencé, avec la prestation la plus calme de la soirée. Vers 21H, les Cavemen Speak prennent place devant un public clairsemé, mais suffisant pour leur réserver un bon accueil. Sur scène, les deux Belges se répartissent les tâches et donnent corps au caractère dual et bâtard de leur musique. A droite, côté rap, Siaz rappe et bidouille sa machine. A gauche, côté pop, un Nomad statique et discret joue de la guitare et chantonne avec sa jolie voix fragile. Ensemble, les deux Cavemen Speak interprètent des titres de leur répertoire, ainsi que des passages du disque que Nomad a récemment sorti sur Clothes Horse Records avec le Canadien Epic. Tout cela se déroule bien, ça roule, ça tourne, les morceaux sont jolis et donnent envie d'en connaître davantage ou de se replonger dans les disques existants, mais ce n'est pas encore la fièvre.

La fièvre, on s'en approche davantage avec la prestation de Bleubird. Juste avant sa prestation, j'avais demandais au Floridien s'il était aussi excentrique sur scène que sur disque, et il m'avait répondu qu'il l'était davantage. "I like to perform", avait-il confié. Et cela s’est amplement vérifié. L'homme ne s'économise pas. Il précise d'ailleurs que son dévouement au hip hop lui a valu une fracture du pied il y a deux ans à Paris au festival Sous la Plage, puis la perte d'une dent en Belgique pas plus tard que l'avant-veille. "I'm falling apart". Par chance, il ne se cassera rien ce soir, malgré une chute en fin de session. Mais il se donnera complètement à fond.

D'emblée, le rappeur part dans une improvisation à 200 à l'heure pour faire part notamment de sa joie d'être ici. Et cela n’est qu’une mise en bouche. Chacun de ces morceaux sera sur le même rythme, voire plus intense encore, avec de temps en temps des phases d'échange avec le public. Pendant ces petites pauses, Bleubird plaisante beaucoup. Par exemple, il ironise sur le prénom bien français ("Jacques") que ses hippies de parents ont eu la fantaisie de lui donner et il demande au public s’il est bien perçu de se présenter en France en disant "Hello, my name is Jacques, like Jacques Chirac". Devant le marmonnement dubitatif des spectateurs, le MC s’engage à faire référence à Jacques Cousteau à l’avenir, plutôt qu'au président.

Forcément, avec le one man show qui nous est proposé, tout est dans le rap, rien n’est dans la musique. D’ailleurs, les boucles sur lesquelles s'exprime le MC sortent d’un bête baladeur CD, DJ CD Player comme il l’appelle, avant de s’excuser pour l’absence d’un véritable turntablist : "I used to have a DJ, but he couldn’t stop doing stupid things such as yeah, hip hop, hip hop, yeekee yeekee" (il mime un scratch). Bleubird, il préfère quand l’attention se porte sur lui et sur lui seul. D’ailleurs il y a de quoi, rien que pour son look de maigrichon chevelu et barbu à casquette, de futur clochard potentiel. Et plus encore quand il se lance dans un finale de fou furieux, dans une nouvelle semi improvisation avec pour mot d’ordre proclamé avec force et en sautant comme un cabri : "if you had to die tomorrow, would you be happy with what you did today ?". En ce qui le concerne, et c’est la dernière phrase de sa prestation, la réponse est oui.

Cette conclusion aurait pu être parfaite, mais Bleubird n’était pas la tête d’affiche de cette soirée. La tête d’affiche, c’était Zucchini Drive, alias Siaz de Cavemen Speak et Marcus Graap de Stacs of Stamina, renforcés ici par Nomad. Le duo est venu assurer la promotion de Being Kurtwood, son tout premier album. Et le show qui suit est à la parfaite image du disque : agréable, entraînant, chouette. Epaulé par son copain Suédois, Siaz bouge beaucoup plus que la fois d’avant, il avance vers la foule, se perche quelque part, brandit le bras. Les deux ont encore peu livré de shows ensemble, mais ils s’accordent bien, leur complicité est déjà évidente. Cependant, et comme pour l’album encore, il manque le grain de folie et la dose d’originalité capables de transfigurer cette musique bien foutue et de la faire franchir un palier supplémentaire.

Cette folie et cette originalité, c’est plutôt le fort de Bleubird. Et ça tombe bien puisqu'à la fin du concert le Floridien déjanté réapparaît pour pimenter le show et pour danser comme un taré, au point de voler la vedette à ses deux potes européens. Il s’empare même d’un mic le temps d’un titre, histoire pour Zucchini Drive de se transformer et de prendre une autre configuration, celle du groupe Gunporn. Et le public semble apprécier, même s’il n’a pas beaucoup bougé ce soir à l’exception d’un brun costaud barbu à cheveux longs qui s’est longuement agité avec conviction, visiblement à fond dedans. Bleubird reparti boire dans le public, la suite est plus classique : Zucchini Drive clôt l'affaire par un titre et par un rappel qui se voudrait apothéotique, mais sans y parvenir tout à fait. Mais peu importe le côté parfois un peu trop lisse du concert. Tous les gens réunis ce soir ont rempli haut la main leur objectif : donner envie aux spectateurs de découvrir leurs albums, et à ceux qui les connaissent déjà de s’y replonger au plus vite.

PS : malheureusement, pour cause de panne de flash, aucune photo de la soirée n'est disponible. Vous pourrez en découvrir au lien suivant : http://blog.myspace.com/disaiki.

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Commentaires

1. Le jeudi 23 février 2006, 00:03 par Umbre

La même chose à Rennes ce samedi au jardin moderne, ca fait plaisir une telle prog'. C'est quand meme rare les concerts de hip-hop qui ne cachent pas un groupe de rap local pourri en premiere partie avant les tetes d'affiches.

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