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BRAD HAMERS - The Cut-Ups of a Paper Woman

, 18:40 - Lien permanent

Slug, Sole, Alias, Sage Francis, Yoni Wolf... En introduisant massivement dans le hip-hop un ton confessionnel et des paroles d'écorchés vifs, tous ces gens et une poignée d'autres ont, avec plus ou moins de succès, ouvert la voie au rap de Blanc intimiste et arty. Mais celui qui, du fond du gouffre de l'underground hip-hop, est allé jusqu'au bout de la logique, c'est bel et bien Brad Hamers, de Phlegm.

BRAD HAMERS - The Cut-Ups of a Paper Woman

Three Sides of a Circle :: 2004 :: acheter ce disque

Il y a trois ans, avec un album au titre interminable (One Night Stands with out of Tune Instruments in a Room with Blue Wallpaper), une pochette façon surréalisme à la Dali ou à la Tanguy, et de longs morceaux tristes et intimes, le duo new-yorkais Phlegm avait déjà livré la version la plus extrême de ce rap profondément personnel et fait tout entier d'états d'âme. L'album forçait à l'outrance sur le pathos, à coups de beats minimalistes et de tirades à n'en plus finir à mi-chemin entre poésie et psychothérapie. C'était trop, et pourtant, cela marchait, cela était beau, très touchant. Et désormais que nous avons tout le recul nécessaire, ce disque mérite sans difficulté d'être qualifié de mini-classique underground.

Qui plus est, deux ans plus tard, en 2004, le rappeur de Phlegm remettait ça pour un album solo aussi long que le précédent, mais produit par ses seuls soins, hormis des interventions ponctuelles de Nobs, des Australiens de Just Like Us et de Slomoshun, l'autre moitié du duo. Intitulé The Cut-Ups of a Paper Woman, ce disque s'est montré aussi excitant que le précédent, voire supérieur.

Brad Hamers y forçait plus que jamais sur l'affect. Rythmes appuyés, musique diaphane, samples ramollis, piano pesant, trompette jazzy lointaine et nostalgique, guitare sèche triste, bruits des vagues sur la plage ou de goutte d'eau qui tombe, lenteur, langueur, longueur : tout y suggérait l'introspection, la gravité, l'accablement. Quant aux paroles, récitées sur le mode du monologue intérieur, suite ininterrompue d'associations d'idées et de souvenirs, parsemée de citations de Don Delillo ou d'Alan Watts, elles ne faisaient qu'accentuer cette ambiance lourde. Il y était notamment question de relation amoureuse qui fout le camp, de naufrage personnel, de fuite dans l'écriture, d'envies de suicide, d'attente.

La musique de Brad Hamers est différente de ce que le commun entend par "hip-hop". Pourtant, elle appartient bel et bien à ce genre. Jamais, les instrumentations ne sont autre chose qu'une variation subtile sur une boucle, fut-elle de guitare acoustique plutôt que de funk. Pas à un seul instant, le MC ne fait autre chose que rapper, sur un ton déclamatoire à rapprocher du spoken word. Mais en même temps, cela est inédit, cela aboutit à des morceaux d'une beauté rarement entendue, si ce n'est chez soso et chez quelques marginaux rap de même acabit.

Ainsi le magnifique "Half World", suite de visions sur fond de guitare acoustique répétitive, dont les derniers mots ("file, save") laissent entendre qu'il s'agit d'un fichier informatique, avant qu'une voix et une note de synthé légères ne surgissent pour un finale d'anthologie. Ainsi également le superbe "Cliff Notes", vidage de sac avant chute finale au pied d'une falaise. Et que dire de "Pickpocketed Memory Clip", de "A Loose Brain Thread" et surtout de "One Bedroom Apt.", sinon qu'ils sont tout aussi somptueux ? Comme la quasi-totalité de l'album, l'un des tout meilleurs de 2004, un disque qu'il était plus que temps de mentionner ici.

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Commentaires

1. Le lundi 14 novembre 2005, 17:17 par pseudzero

ça fait plaisir de voir que l'on parle un peu de cet album un an après. il est vraiment très bien et contrairement à l'album de Phlegm que je n'aime pas trop je trouve là que les prods mettent vraiment en valeur les textes de Brad, je crois même que je c'est que j'aime le plus sur cet album parce que c'est pas un mc exceptionnel, une sorte de Sole new yorkais. Interview en cours de trad pour hhcore.

2. Le lundi 14 novembre 2005, 17:29 par Newton

Aaaah ca me fait plaisir de retrouver une chronique favorable à cet album. Il est superbe; le travail d'écriture donne un résultat déroutant mais c'est si bon....
"Half world" me donne des frisons quand le beat démarre réellement. Et ça ne reste qu'un exemple; tout l'album possède une vraie saveur. Qui plus est, puisqu'il me parle beaucoup au niveau des textes,........

Et un trés gros merci d'avance à HHCore pour l'interview qui devrait sortir sous peu alors. :)

3. Le lundi 14 novembre 2005, 21:14 par pseudzero

oui, en fait c'est juste qu'il n'a pas une voix inoubliable ni un phrasé excitant, il ne déborde pas de charisme quoi (contrairement à sage ou awol par ex.), après je ne pense pas qu'il soit interessé par le fait de se revendiquer mc ou 'hip hop', apparemment il écoute plutôt de la pop et des trucs prog, et c'est pas plus mal.

cela dit je le préfère aussi à Sole qui est assez saoûlant.

4. Le dimanche 15 juin 2008, 00:07 par Robin

Là, j'ai beau avoir cherché, je ne sais pas comment (et où) acheter, ni même écouter ce disque. Apparemment son site personnel n'existe plus... Je suis bien déçu d'en entendre parler aussi tard...

5. Le dimanche 15 juin 2008, 15:59 par Robin

En fait, il y a un lien vers le site du label Token Recluse sur le label, et apparemment ils en vendent encore, donc merci. Par contre, aucunes traces de l'album de Phlegm...

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