Fake For Real

Depuis 1997 : critiques, dossiers, sélections et autres papiers, dédiés au rap (et parfois à d'autres musiques)
Home

Aller au menu | Aller à la recherche

AD - Misguided Recordings

, 22:37 - Lien permanent

A premier abord, ce Misguided Recordings ne payait pas de mine avec sa pochette moche, son introduction lourdingue, un premier morceau à la mode old school mais sans saveur ("The Cage"), et la voix plutôt poussive de son rappeur, un Blanc issu d'une scène obscure (Madison, Wisconsin) et d'un duo rap très anecdotique (The Crest). Mais après, dès la seconde plage, le disque franchissait un palier.

AD - Misguided Recordings

Lucy Lane Records :: 2002 :: acheter ce disque

Oh bien sûr, rien de révolutionnaire ici. Le premier album solo du dénommé AD ne faisait que gérer sagement l'héritage laissé par 20 ou 30 ans d'histoire du rap. Il sacrifiait à tous les rites d'usage : l'incontournable ode à la fumette ("La La La"), les leçons de vie sur le mode "carpe diem" ("People Wait their Whole Lives"), l'ego-trip et le style battle ("The Cage"), et en prime notre homme se pâmait d'être devenu un MC ("Impossible Dream"). Dominées par des sons de guitare jazz, cette vieille scie, les productions elles-mêmes ne dynamitaient ni n'éclataient le genre.

Pourtant, dès "Mind Erase", Misguided Recordings se transfigurait. Se succédaient alors le très suave "Mind Erase", le plus haletant "A Light in the Dark", les oppressants "Cheers to the Sunrise" et "The Truth is Lies", les guitares entêtantes de "The Seed" et de "Trying", et surtout, le pesant et vaporeux "La La La", la perle totale et intégrale de l'album. Soit toute une série de morceaux très simples mais étonnamment addictifs, tous tellement attachants qu'on avait l'impression, à la fois réconfortante et suspecte, de les avoir toujours connus.

Sans vouloir remettre en cause le rôle d'AD, la tentation était grande d'attribuer les mérites de Misguided Recordings à un autre homme, le beatmaker Myron Maker. La plupart des morceaux cités, les meilleurs, étaient en effet produits par ses soins. Qu'il laisse la place à d'autres producteurs, aux deux tiers du disque, et c'était un hip-hop rasoir qui reprenait le dessus, fait de cordes en toc ("Impossible Dream") et de guitares baveuses ("Life"). Au contraire, qu'il reprenne les manettes pour le morceau final ("Dying"), et l'album connaissait une petite apothéose.

Uni, le duo formé par AD et Myron Maker ne ratait qu'un seul titre, un infâme "Did U" au pathos trop forcé. Pour le reste, c'est comme si le producteur maîtrisait au mieux l'art de sublimer les raps de son comparse, avec de petits beats sans prétention apparente, mais rondelets et accrocheurs, pile comme il fallait.

Évaluer ce billet

0/5

  • Note : 0
  • Votes : 0
  • Plus haute : 0
  • Plus basse : 0

Ajouter un commentaire

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Fil des commentaires de ce billet