Fake For Real

Depuis 1997 : critiques, dossiers, sélections et autres papiers, dédiés au rap (et parfois à d'autres musiques)
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SKYRIDER - 47:34

, 16:39 - Lien permanent

These are sounds from the coma. Forcément, avec un tel programme, le 47:34 de SkyRider n’allait pas être enjoué. Mais ceux qui ont la chance de découvrir l’excellent "Masters of Deception" sorti cette année en 45 tours se douteront que c’est l’ensemble des travaux du Floridien qui vaut le détour.

Endemik Music :: 2004 :: acheter ce disque

Bud Berning n’a pas toujours eu de la chance. Un jour, celui dont le nom d’artiste est SkyRider s’est réveillé dans un hôpital mexicain, le corps brisé et maintenu artificiellement en vie par toute une machinerie. Il venait de sortir d’un long coma. Cette expérience, le Floridien a voulu la mettre en musique sur 47:34, un disque sorti discrètement en 2004 sur Endemik Music, le label canadien qui a publié le premier disque de Bleubird et le Synesthesia de Buck 65. Alors, forcément, vu le concept de base, cela n’est pas bien drôle. Cet album instrumental est du genre dépressif et frugal. Comateux, quoi. Il est construit comme un rêve éveillé, comme une longue dérive aux contours indécis, où quelquefois se distingue une accroche, un passage aussi somptueux que fugace, comme les belles cordes de "Into the Light", le dub de "Dub Dem Crazy" ou les superbes chœurs de "Hello Loneliness".

Cet assemblage de beats et de samples mâtiné de "vrais" instruments joués par des amis du rescapé (banjo, guitare, violon, clavier, basse, plus quelques voix fantomatiques) a beaucoup en commun avec celle du label cousin Bully Records. Il s’agit du même hip hop affranchi, ce hip hop dépouillé de tout rap et de toute pose, cette musique indéfinie et floue qui se mérite et qui s’écoute souvent bien plus longtemps qu’envisagé à la première approche. Les preuves du savoir-faire de SkyRider ne crèvent pas les yeux, la lassitude peine à se dissiper, mais avec le temps, des passages comme le petit tintement tout aussi charmant qu’inquiétant de "Good Morning" ou les violons de "Requiem" deviennent assez addictif.

Et puis il y a un titre largement plus évident que les autres, le seul chanté sur cet album. A l’origine, "Masters of Deception" était une chanson du groupe pop / rock Black Janet écrite à la fin des années 80 pour dénoncer le désastre de la présidence de Reagan. En l’écoutant, SkyRider s’est dit que les paroles restaient parfaitement valides aujourd’hui. Pour remettre les sons au goût du jour, il a invité le chanteur d’origine, Jim Wurster, à reprendre ce morceau sur de nouveaux sons conçus par lui et par quelques musiciens. Et c’est une réussite. Plus éloquente que n’importe quel titre récent anti-Bush, on jurerait que cette diatribe entonnée d’un ton désabusé sur une steel guitar a été écrite hier. SkyRider et son label l’ont d'ailleurs extirpée cette année de cet album où elle n’avait pas vraiment sa place pour la sortir en 45 tours accompagnée d’un remix par Odd Nosdam. En toute logique, tous ceux qui auront découvert SkyRider par ce titre s’intéresseront à 47:34 et accorderont à cet album déjà ancien toute l’attention et la patience qu’il mérite.

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Commentaires

1. Le samedi 24 décembre 2005, 16:27 par Newton

Pour les interessés, il est disponible sur Phonographique (ainsi que le 7" de Masters of Deception).

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