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GORILLAZ - Demon Days

, 20:02 - Lien permanent

L’étonnant avec Gorillaz, c'est qu’en dépit d’une rotation intensive des singles sur toutes les radios, le dégoût ne pointe pas trop. Ce nouvel épisode de nos héros de bande-dessinée aurait même tendance à être meilleur et plus solide que son prédécesseur.

Parlophone / EMI :: 2005 :: acheter ce disque

Il y a quatre ans, quand le premier Gorillaz était sorti, cela ressemblait fort à un tiercé gagnant. Pour accompagner Damon Albarn dans ses nouvelles aventures, quoi de plus sexy sur le papier que Dan "The Automator" Nakamura et Del Tha Funky Homosapien ? Et de fait, les trois compères avaient su produire ensemble une poignée de tubes bien calibrés qui, célébrité du chanteur de Blur aidant, avaient conquis le grand public. Six millions d’exemplaires écoulés, tout de même. Au passage, je ne me suis toujours pas remis d’avoir entendu à plusieurs reprises mon bon vieux Del en fond sonore en pleines emplettes chez Auchan. Pour ce second disque, le casting a changé et s’est étendu. Del n’est plus là. The Automator non plus, il est remplacé par Danger Mouse, ce qui est a priori bien moins affriolant. Pourtant, tout album grand public qu’il est, ce Gorillaz est bien. Il est même plutôt meilleur que son prédécesseur.

Avec Gorillaz, Damon Albarn se frotte une nouvelle fois au hip hop. Mais il n’est pas assez bête pour changer tout à coup et complètement de métier. Il chante, laissant les raps aux professionnels invités pour ça, et l’ensemble de l’album respecte un format pop finalement très proche de celui de Blur. Les jolies mélodies de "Last Living Soul" , de "O Green World", de "El Manana" et de "Every Planet We Reach Is Dead" en attestent, malgré ce petit côté funky en plus, très manifeste par exemple sur l’excellent single "DARE". Cependant, avec l’aide de ses copains, Albarn a su ingérer dans le même tems des décennies de production funk et hip hop, et restituer tout cela en version condensée, en retenant les éléments les plus catchy. Comme il avait su faire avec la pop anglaise dix ans plus tôt, à l’époque de Parklife.

C’est ainsi qu’on aboutit à un tube, "Feel Good Inc", à la saveur très outkastienne. Ou à un "Dirty Harry" qui regroupe en moins de quatre minutes le funk de Sly Stone, du hip hop old school façon "The Message", des cordes et un phrasé rap plus contemporain. La musique de Prince apparaît également plus ou moins ouvertement. Et en bons pionniers de la convergence pop / rap, De La Soul ne sont pas loin non plus. Ils sont même sur l'album, carrément. Sans compter Dennis Hopper, Shaun Ryder, MF Doom, Neneh Cherry, Roots Manuva, Martina Topley-Bird, des chœurs gospel, Ike Turner, j’en passe et des meilleurs, tous présents également… Mais bon, personne n’a jamais douté du carnet d’adresses et de la capacité de rassemblement d’un homme aussi exposé qu’Albarn.

L’étonnant, c’est plutôt que tout cela tienne debout. Et qu’en dépit d’une rotation intensive des singles sur toutes les radios (et dans tous les Auchan), le dégoût ne pointe pas trop. Il y a même quelques titres franchement exceptionnels, comme ce "All Alone" très électronique où se succèdent les raps d’un Roots Manuva au meilleur de sa forme et des susurrements signés Martina Topley-Bird à faire regretter violemment l’époque de Maxinquaye. Alors, évidemment, of course, naturellement, nous ne sommes pas certains pour autant d’écouter encore ce disque dans des années. Mais nous sommes déjà infiniment plus heureux d’entendre ça sur les radios grand public que, au hasard, Calogero ou que la dernière sensation de rap français. Et si en plus de ça, des gosses de 15 ans peuvent entendre parler de MF Doom ou Roots Manuva grâce à ce disque, eh bien, c’est tout bénéf.

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