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JOHNNY HARDCORE - Johnny Hardcore

, 08:29 - Lien permanent

Le premier album de Johnny Hardcore n’est pas sans défaut. Alors, pourquoi en parler, surtout maintenant, plusieurs années après sa sortie ? Parce qu'il témoigne malgré tout du talent du rappeur. Et que deux ou trois plages d’exception ici et là révèlent ce dont le bonhomme pourrait être capable bénéficierait-il d’une production un peu plus soutenue.

Backburner, 2002

L’homme qui se cache derrière le chouette nom de Johnny Hardcore et la pochette repoussante de ce premier album n’est ni un énième sosie de Johnny Halliday, ni un rockeur néo-punk miteux, comme on pourrait très facilement le croire. Non, Johnny Hardcore est un MC canadien issu de The Verbals, l’un des groupes centraux d’Halifax, de cette fameuse scène hip hop de Nouvelle-Ecosse que l’on a célébré trop vite avant de s’en désintéresser trop tôt, il y a quelques années.

Que les choses soient claires dès le début. Johnny Hardcore, le disque, n’est pas une franche réussite. La production manque singulièrement de sel, malgré une poignée de scratches bien sentis. Alors pourquoi en parler, maintenant, trois ans après sa sortie, alors que l’actualité n’est même plus là pour justifier cette chronique en demi-teinte ? Parce que, même à moitié raté, ce premier album montre qu’il y a par ici du talent à revendre. Chez Johnny lui-même, en premier lieu. Habitué des compétitions, celui dont le vrai nom est John Young livre un hip hop de type battle très convaincant. Avec sa grosse voix enjouée, offensive, sarcastique et qui va vite, il sait parler du hip hop, de l’amour du hip hop ("My Love Song"), de la haine du hip hop ("Sarcasm") et des hip-hoppers qui parlent de hip hop ("Don’t Flatter Yourself"). Il sait aussi donner dans l’exercice de style, recycler Big Daddy Kane et Biz Markie avec son ami Jay Bizzy ("Rhymin' w/ the Biz") ou régler ses comptes avec l’insomnie ("Sleep Deprivation"), imposant en passant de bien mauvais traitements à sa respiration.

L’autre intérêt de l’album, c’est cette réunion de toute la face cachée du hip hop d’Halifax, tant aux machines qu’au micro. Johnny Hardcore a convié Frank Deluxe, Jay Bizzy, LoFi et Jabba the Cut, ses acolytes des Verbals, et beaucoup d’autres encore, dont les plus connus (chez ceux qui connaissent) sont J. LaPointe, Skratch Bastid, Jesse Dangerously et Thesis Sahib de Bending Mouth. Du beau monde, donc. Enfin, dernier argument, même si la majeure partie de l’album tombe à plat à cause de productions pas forcément enthousiasmantes, des titres se singularisent comme le débonnaire "Don’t Flatter Yourself" co-rappé et produit par Jesse Dangerously, comme "Improvement" et sa charmante petite boucle de hautbois et comme cette "Hardcore March" absolument haletante, seul hit présent ici, mais hit véritable. Au vu de cela, et avec un peu de chance, le prochain album de Johnny Hardcore sera le bon.

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