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MESTIZO & MIKE GAO - Blindfaith

, 23:13 - Lien permanent

Un MC, accompagné d'un beatmaker qui lui est entièrement dévoué. C’est cette formule éprouvée qu'a choisi Mestizo en recrutant un nouveau venu, Mike Gao, pour la production de son deuxième album. Bien lui en a pris, le résultat est assez réussi.

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Un MC, seul, livre des raps, les siens, sur ses thèmes de prédilection. Pendant ce temps un DJ – ou un producteur, plus souvent, de nos jours – se dévoue entièrement à sa cause et lui fournit le complément musical adéquat, quitte à bénéficier ça et là d’espaces qui lui sont propres. C’est la formule de base, celle qui convient le mieux au hip hop, la voie la plus sûre pour créer des disques solides et consistants. Elle a réussi à Qwel et à Maker l’an dernier sur The Harvest, meilleure sortie Galapagos4 depuis longtemps. Dans une bien moindre mesure, elle réussit cette année au second album de Mestizo, proposé lui aussi par le label de Chicago. Successeur honnête d’un fort estimable Lifelikemovie produit à plusieurs mains, ce nouveau disque a en sus l’avantage d’être plus homogène. Cela grâce au renfort unique du prometteur Mike Gao, nouveau venu en provenance de la Côte Ouest.

Constant, mais pas uniforme pour autant, Mike Gao sait tout faire : lente mélopée qui inspire le malaise ("Mr. Enthusiastic"), cathédrales de guitare ("Shattered Glass Girl"), morceau à la cool ("Mail Order Bride", "Avena’s Lullaby"), piano qui fout les boules ("Obligatory Heart Failure"), instrumental atmosphérique ("Away Into Serenity") ou morceau soutenu infusé de cuivres jazzy rétro ("Pick Up 52s", "Save It For Yesterday"). Il se permet même une petite pincée de drum’n bass, légère et en rien déplacée. Et pour finir, il place là où il faut les poignées de scratches nécessaires. Cependant, rien de ce qu’il propose ne brille par son originalité.

Même jugement pour Mestizo. Le rappeur partage avec ses collègues de label cette prédilection irritante pour le prêchi prêcha, pour l’appel aux consciences, pour la dénonciation un peu convenue de la société américaine, ah qu’elle est trop matérialiste, ah qu’elle manque d’engagement. Les thèmes des chansons sont rebattus : dénonciation de la guerre en Irak et de ces Américains apathiques qui réélisent George Bush, mauvais rappeurs qui ont failli à leur mission (comme si quelqu’un leur en avait confié une) ou, de façon bien plus personnelle, relation amoureuse qui part en sucette. Certaines paroles sont même d’une naïveté insupportable pour nous autres, Français cyniques revenus de tout, comme ce passage de "Obligatory Heart Failure" où Mestizo s’affole : "ahlala, le Jésus, il serait super pas content s’il revenait sur Terre".

Mais la musique ne se juge pas comme un traité politique. Elle s’évalue à la capacité des artistes à susciter l’empathie. Et sur ce plan, le duo Mestizo / Mike Gao est capable de très belles choses quand il assemble au mieux ses talents. Sur le superbe "Mr. Enthusiastic", par exemple où, abstraction faite du message casse-bonbon, les montées de ton du rappeur s’inbriquent admirablement dans la composition lente concoctée par l’autre. Ou sur le non moins splendide crescendo bien dark de "When The Elephant’s Dance" où le rappeur d’origine philippine nous parle de sa mère. Ce sont de tels sommets qui devraient inciter Mestizo et Mike Gao à approfondir et renouveler leur relation, pour aboutir ensemble à ce possible chef d’œuvre dont Blindfaith est peut-être la première ébauche.

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