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Depuis 1997 : critiques, dossiers, sélections et autres papiers, dédiés au rap (et parfois à d'autres musiques)
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SETH P. BRUNDEL - Devil's Pawn

, 12:21 - Lien permanent

Aesthetics avait besoin d’un rappeur pour varier les plaisirs et c’est à Miami, chez Algorithm, que le label est allé le dénicher. Bonne pioche.

Aesthetics :: 2004 :: acheter ce disque

Aesthetics avait besoin d’un rappeur pour varier les plaisirs et pour élargir ses horizons, et c’est à Miami, chez Algorithm, qu'il est allé le chercher. Devil’s Pawn, sorti en 2004, est le premier album de Seth P. Brundel sur le label ou ex-label de L’Altra, Windsor For The Derby, Pulseprogramming, et, pour si éloigné qu’il soit de la tonalité générale de ces compagnons d’écurie, il tient la route. Côté paroles, ceux qui connaissent Algorithm savent à quoi s’en tenir. Pour les autres, précisons juste que la référence à Can Ox qui figure dans le dossier de presse n’est pas complètement saugrenue. Ou que la pochette avec rue glauque, chien et machettes donne une idée assez fidèle du contenu. Seth P. Brundel cultive un rap sombre, agressif et apocalyptique, parfois obtus. Un rap très politique aussi, comme le laisse entendre cette citation de Doc Faust, le compère d’Algorithm, sur "1/2 Way There" : "We’re a Public Enemy with 2 Chuck D’s".

Brundel aime les histoires les plus noires. Sur "Insecurity", il décrit comment une erreur de numéro de téléphone occasionne un crime passionnel, sur "Blaze of Glory", il prend le point de vue du terroriste kamikaze. Et les beats, qu’il produit lui-même, sont à la hauteur des paroles : poisseux et oppressants. L’instrument roi est la guitare, présente sous toutes ses formes (fuzz, acoustique, funk, etc.). Ailleurs, des sons plus synthétiques apparaissent, comme la nappe de "Ego Fuel", ou le synthé qui accompagne le piano du très bon "Heroine". Mais ces timbres et ces instruments différents ont la même couleur, ils tendent vers le même but : en rajouter dans la noirceur, l’étouffement, le sentiment de claustrophobie. Et ça fonctionne très bien, sur une grande majorité de l’album, de l’excellent "Devil’s Pawn" en passant par le suffocant "Beyond Murky Drapes" et jusqu’à "Self P", un final en deux temps – instrumentation enlevée puis piano sobre et magnifique – où le rappeur donne dans un ego-trip la clé de son propos : la virulence qu’il affiche n’est que le corollaire de son honnêteté.

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