NOAH 23 - Jupiter Sajitarius
Par codotusylv le jeudi 21 juillet 2005, 07:27 - Hip-Hop - Lien permanent
Poursuivons ce très long marathon de critiques hip hop en retard avec Jupiter Sajitarius, l’album de Noah23 sorti en novembre 2004, le dernier, le troisième, le meilleur.

2.nd rec :: 2004 :: acheter ce disque
Jusqu’ici, Noah 23 avait de quoi laisser circonspect avec son rap arty plein de mots compliqués. Incontestablement on tenait là une figure originale, un phénomène et un incontournable de l’éclectique scène hip hop canadienne. Chacun de ses albums précédents (Neophyte Phenotype et Quicksand) comportait un bon tiers de titres vraiment marquants, ce qui n’est pas si commun dans le rap, et suffisait à en justifier l’achat. Mais quelque chose, une sensation de creux, un surcroît de sophistication, empêchait d’adhérer pleinement à l’ensemble.
Je ne sais pas faire la part du parcours personnel et du parcours de l’artiste. Je ne sais pas qui a évolué, de mon oreille ou de Noah 23. Mais ce troisième album me paraît limpide, intégralement bon ou presque. De l’entrée tonitruante de "Lizard Lion Eagle" jusqu’au piano beau comme tout d'un "Petit Mort" produit par Varick Pyr (qui a travaillé avec Sage Francis et ça s’entend), en passant par la guitare jazzy de "Photo Soul Decay", l’indolent "As Below So Above", le funky "Godhead Omlet", le somptueux "Nova Planet" ou les interventions de Ceschi ("Freelance Zenarchist"), Modulok (le vindicatif "Dead Owl Funk" et ses "your buildings will fall, down to the ground, to the motherfucking ground") et Livestock ("Zapata Physicians").
Pourtant, rien n’a changé.
Ah si, deux choses tout de même. Un, Jupiter Sajitarius est sorti chez les Allemands de 2.nd rec et le nom de Plague Language, le label d’origine, a disparu. Deux, assurée comme toujours par The Orphan sur l’essentiel des titres, la production semble plus sage et plus conventionnelle que les fois précédentes. Pas de drum’n bass cette fois, mais davantage de boom bap et de beats funky. Avec en sus les cuts de Marmalade. C’est peut-être d’ailleurs cette homogénéité et cette épure - très relatives, on entend tout de même un refrain ragga ("Scream") et du banjo ("Camera Shy") sur cet album - qui met en valeur les talents de rappeur de Noah 23, qui lui laisse davantage de champ. Ne me demandez toujours pas de décrypter les paroles, cela n’est déjà pas toujours aisé pour le rap habituel, alors, avec tous ces mots que je ne trouve même pas dans mon Harrap’s, vous pensez bien... Contentons-nous de dire qu’elles "sonnent bien", mieux que jamais, servies à merveille par le flow multiforme du MC, capable de rappé/chanté (sur "As Below So Above" et ailleurs) comme de double time ("Chicken Pox").
Je ne sais pas faire la part du parcours personnel et du parcours de l’artiste. Je ne sais pas qui a évolué, de mon oreille ou de Noah23. Mais je me dis que ce dernier doit être pour quelque chose dans le plaisir que me procure cet à cet album. Le dossier de presse précise d’ailleurs que Noah 23 a pris deux ans pour préparer cet album, pour progresser et tendre vers la perfection. Bien lui en a pris. Cela fait six mois que le refrain et le final de "Petit Mort" ("From the dove, to the fig leaf, to the rainbow, to the sunshine, I don’t want to live forever, leave it for the reptilian bloodline") ne me quittent plus.
Commentaires
On peut même l'écouter ici :
www.2ndrec.com/jupitersaj...