ALESSANDRO BARICCO - Ocean Mer
Par codotusylv le mardi 21 septembre 2004, 21:55 - Italie - Lien permanent
Conte philosophique à tiroirs, Océan Mer n’a pas la clarté et la concision éloquente qui ont apporté à Soie le succès que l’on sait. Plus long, plus dense et plus complexe, sujet à de nombreuses interprétations, ce livre onirique aux multiples styles d’écriture et modes narratifs n’en confirme pas moins la maîtrise par Baricco des ressorts du roman.

Albin Michel :: 1998 :: acheter ce livre
Traduit de l'Italien par Françoise Brun
La Pension Almayer est un curieux endroit. Dans cette sorte de bout du monde, situé en front de mer et peuplé d’enfants étranges, viennent se perdre une poignée de voyageurs à un moment crucial de leur existence. Parmi eux, une jeune femme surprotégée pas encore prête à affronter la vie ; son précepteur, un prêtre inventeur de prières ; un peintre décidé à dresser le difficile portrait de la mer ; un professeur distrait qui attend patiemment l’arrivée de son grand amour ; une femme adultère. Et quelques autres encore.
Réunis ici, dans ce cadre irréel, tous ces gens se découvrent, dialoguent, se racontent des bribes de vie, expliquent aux autres leurs obsessions, détaillent ce qu’ils sont venus chercher en ce lieu reculé. Pendant qu’à côté, l’océan déploie ses contrastes, tantôt calme tantôt colérique, tout à la fois fini et infini. Comme le titre l’indique, la mer est le véritable héros du roman, celle qui relie les petites histoires qui s’y croisent, celle qui bouleverse les vies. D’ailleurs, dès qu’il s’agit de la décrire, Baricco change de registre. Il abandonne son écriture badine et sobre pour un style poétique et emphatique chargé de dire la grandeur de l’océan.
La seconde partie du roman se consacre davantage encore à l’océan. Elle décrit, sans transition et sans explication, l’histoire terrible d’un naufrage au large du Sénégal, son cortège de faim, de soif, de jalousie, de lâchetés, de massacres, de sauve-qui-peut, de vengeances et de cannibalisme. Bref, d’horreur. Puis Baricco, dans l’ultime chapitre, revient sur la Pension Almayer et sur ses hôtes. Chaque personnage après l’autre, et chaque fois avec un style distinct, il décrit les suites du séjour, ce qu’il a changé dans la vie de chaque. Jusqu’aux dernières pages où convergent les deux histoires du roman, où se révèle la relation entre la pension et cet effroyable naufrage de la Méduse, d’abord avec quelques indices, puis franchement.
Conte philosophique à tiroirs, Océan Mer n’a pas la clarté et la concision éloquente qui ont apporté à Soie le succès que l’on sait. Plus long, plus dense et plus complexe, sujet à de nombreuses interprétations, ce livre onirique aux multiples styles d’écriture et modes narratifs n’en confirme pas moins la maîtrise par Baricco des ressorts du roman.