Fake For Real

Depuis 1997 : critiques, dossiers, sélections et autres papiers, dédiés au rap (et parfois à d'autres musiques)
Home

Aller au menu | Aller à la recherche

EPIC - 8:30 in Newfoundland

, 22:15 - Lien permanent

Domicilié au Saskatchewan, la trentaine, diplômé en sciences politiques, un air de dandy timide efféminé en pull-over. Vous l'aurez compris, Epic n'a rien de votre rappeur habituel.

Clothes Horse :: 2001 :: acheter ce disque

Epic, sans nul doute, n’est pas votre rappeur habituel. Jugez plutôt.

Domicilié au Saskatchewan (Canada), il a la trentaine (un âge canonique à l'échelle du rap), est diplômé en sciences politiques, cultive une apparence de dandy timide efféminé en pull-over et chantonne presque plus qu'il ne rappe. Sur son premier album, Epic se consacre avant tout à lui-même et à ses états d’âmes. Même quand il évoque un tragique fait divers au cours duquel de malheureux indiens de Saskatoon se sont fait massacrer, il choisit l’autofiction et le raconte du point de vue de la victime. Avec, et c’est cela qui sauve la mise, un certain talent pour passer continûment de l'extrême ingénuité, feinte ou réelle (peu importe), à l'auto-dérision ("I'm so hip hop I freestyle my resume").

Les sons de 8:30 in Newfoundland, à deux exceptions près, sont tous assurés par Soso, auteur avant cela d’un Sour Suite EP dans les mêmes eaux. La patte de ce dernier est d’ailleurs très rapidement reconnaissable pour qui a déjà entendu ses oeuvres : une électroniquerie solitaire et en déshérence ("Fast Words Slow"), comme ça ; et sinon, plus souvent, le son dépouillé d’une guitare acoustique. Et cela fonctionne. Qu'il soit répété en boucle, relayé par d'autres dans un crescendo ("Midnight Run"), agrémenté par quelque mandoline ("Thought Process") ou articulé en plusieurs mouvements ("Live from the Saskatoon Club"), le beat fait souvent mouche.

Ce disque, toutefois, souffre d’un gros défaut, un défaut qui n'a rien d'original, puisqu’il est partagé par 50% des albums qui sortent de nos jours : le "featuring". Les invités d'Epic et de Soso ne sont certes pas les plus dégueulasses. Ils se composent notamment de John Smith et de Pip Skid, de l’excellent label de Mcenroe, Peanuts & Corn. Mais voilà, les beats sobres et tous nus de Soso et le rap faussement naïf d'Epic se marient tellement bien qu'on aurait préféré qu'ils se prolongent ainsi et se tiennent à l’écart de cette foule qui vient bêtement alourdir le tout. Sans parvenir heureusement à transformer 8:30 in Newfoundland en autre chose qu'un bon album.

Évaluer ce billet

0/5

  • Note : 0
  • Votes : 0
  • Plus haute : 0
  • Plus basse : 0

Ajouter un commentaire

Les commentaires peuvent être formatés en utilisant une syntaxe wiki simplifiée.

Fil des commentaires de ce billet